Une école d’ingénieur rêve d’un laboratoire de recherche appliquée à Tahiti

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PAPEETE, le 13 juillet 2015 – Le projet porté par une association de créer un institut de recherche appliquée, qui comprendrait à terme un laboratoire sous-marin, avance. La Human Underwater Society a obtenu le soutien du ministère de la recherche polynésien et de plusieurs institutions de recherche à travers le monde, au premier rang desquels se trouve ESIEE Paris, une grande école d’ingénieur parisienne.

Nous vous parlions en mars du projet un peu fou d’Olivier Archambaud, un entrepreneur amoureux des nouvelles technologies, de la plongée et de la Polynésie. Il veut créer un centre de recherche international, basé à Tahiti, pour développer des technologies spécifiques à la vie près – et dans – la mer et l’océan. Il a ainsi fondé la Human Underwater Society (HUS), qui regroupe les chercheurs, ingénieurs et porteurs de projets dans les technologies liées au monde sous-marin.

Son projet s’est précisé aujourd’hui, grâce aux idées des membres de la HUS. L’objectif est maintenant de créer un institut de recherche appliquée en Polynésie, qui se regrouperait autour d’un Fab Lab. Un Fab Lab est le petit nom d’un « Fabrication Laboratory », lieu suréquipé en machines de créations de prototypes, et de les tester directement sur le terrain le plus propice. À terme, il s’agirait même de tester tous les concepts technologiques imaginés par les têtes pensantes de la HUS en créant un laboratoire sous-marin… De quoi attirer les meilleurs ingénieurs au monde. L’école d’ingénieurs ESIEE Paris est d’ailleurs fortmeent impliquée dans le projet.

Autour du Fab Lab, des antennes des centres de recherche et d’éducation internationaux (l’école d’ingénieur ESIEE, à Paris, est la première à s’être dite intéressée) et un incubateur de start-up. Début novembre, après un work shop des membres de HUS à Los Angeles, plusieurs chercheurs et institutions viendront à Tahiti pour avancer sur le projet polynésien… A condition que les hommes politiques locaux se saisissent du projet. Car les financements arriveraient de divers institutions internationales, mais encore faut-il que les pouvoirs locaux soutiennent leurs ambitions.

Parmi les soutiens du projet, on compte de nombreux chercheurs de renoms (du CEA, de l’institut de recherche en médecine navale, du laboratoire Orphy, de la fondation Dan Research…), des institutions comme l’ESIEE ou l’ambassade de France à Los Angeles, des entreprises de haute technologie… Et au niveau local, la société Air Tahiti Nui, le ministère de la Recherche et quelques élus locaux, dont Tearii Alpha, maire de Papeari.

Une école d'ingénieur rêve d'un laboratoire de recherche appliquée à Tahiti
INTERVIEW : Lionel Rousseau – Docteur ingénieur en micro-électronique et microsystèmes à ESIEE Paris

Lionel Rousseau est chercheur à plein temps (« ingénieur de laboratoire » dans le langage de la recherche) dans l’école d’ingénieur ESIEE Paris, l’une des meilleures écoles parisienne. Il travaille sur les interfaces cerveau-machine, et a par exemple développé une nouvelle interface rétinienne en diamant avec l’Institut de la vision à Paris et le CEA-List-LCD. Il est aussi membre de la Human Underwater Society, et travaille avec Olivier Archambaud sur les problématiques de l’adaptation de l’Homme au milieu sous-marin. À ESIEE Paris, une partie de son temps est également consacré à la recherche de nouveaux contrats industriels avec des laboratoires de recherches, associations, start-up, PME et grands groupes. Nous l’avons joint par Skype :

Comment la Human Underwater Society entre-t-elle dans le cadre d’ESIEE Paris ?

« Dans le projet HUS, l’idée pour nous est d’épauler et d’accompagner l’association pour identifier de nouvelles technologies afin de lever un certain nombre de verrous pour l’adaptation de l’homme au milieu aquatique. Pour ça, il faudra entre autres de nouveaux capteurs pour enregistrer les paramètres physiologiques de l’homme, ou pour monitorer son environnement… On a besoin d’aller vers de nouvelles solutions, basées sur les micro et nanotechnologies.

En France on parle de désert médical dans le monde rural, mais en Polynésie le problème est encore plus criant. Nous avons comme objectif de monter un projet impliquant le CHPF, on pourrait utiliser des capteurs développés pour les plongeurs pour monitorer les gens à domicile. Ils retourneraient dans leurs îles et le médecin pourrait décider à distance des traitements ou interventions nécessaires… Ceci aurait deux intérêts : le premier, une meilleur qualité de vie pour les patients, mais également un impact économique. »

Sur quoi d’autre travaille ESIEE-Paris ?

« C’est une école d’ingénieurs, c’est assez vaste. Nous disposons d’une plateforme de microfabrication (salle blanche), mais également d’un savoir-faire dans le domaine de l’électronique, l’informatique, l’énergie, dans les systèmes embarqués et des systèmes de communication très sophistiqués… En fin de compte, on a toutes les compétences pour trouver des solutions de soutien à HUS. »

Le projet de HUS est de créer un Fab Lab à Tahiti. Mais qu’est-ce qu’un Fab Lab ?

« C’est une plateforme de prototypage pour répondre à des besoins spécifiques. Typiquement il sera équipé d’imprimantes 3D pour créer les objets, avec une partie électroniques pour développer des systèmes embarqués ou de communication. Il peut y avoir des outils pour développer des matériaux ou des revêtements, de l’informatique pour les logiciels de conception. Avec des outils comme l’Arduino ou le Raspberry, il y a des solutions très simples pour fabriquer des systèmes autonomes sans avoir forcément beaucoup de moyens… »

Et quel est l’intérêt pour ESIEE-Paris de s’impliquer dans un projet à 20 000 km de distance ?

« D’un point de vue technologique, il y a chez vous des accès à des problématiques qu’on ne voit pas sur le continent et en Europe. Par exemple sur l’environnement, les lagons, l’eau, où il y a des technologies émergentes qu’il suffirait d’appliquer ou de développer pour répondre rapidement à des premières problématiques. Et il faut à un moment pourvoir passer à des expérimentations à petite échelle, en milieu réel. La Polynésie serait le lieu idéal, à condition d’avoir ce Fab Lab.

À ESIEE-Paris nous avons des filières en énergie, environnement, on améliore les éoliennes et d’autres technologies faciles d’accès. Aller se confronter à un environnement différent, ce sera un atout pour nos étudiants, et pour nos technologies car on ne sait jamais quelles seront les retombées des innovations qu’on développera en Polynésie. Une fois ces technologies développées, on pourra lancer des start-ups. À ESIEE-Paris on le fait souvent, par exemple sur les implants rétiniens à base de diamant, une start-up s’est montée et aujourd’hui des essais cliniques sont réalisés. »

Et pour les jeunes Polynésiens ?

« Comme ESIEE-Paris est une école, on pourrait dispenser des formations à de jeunes Polynésiens, à Paris ou sur place. Mais ce n’est pas tout près la Polynésie… Il faut donc trouver un mode de fonctionnement pour pouvoir donner ces formations. Nous avons déjà des collaborations internationales avec des universités à Singapour, en Chine, aux États-Unis, mais nous attendons d’avancer plus dans le projet HUS afin de déterminer avec notre direction quelle forme cela pourrait prendre. »

Quels sujets qui intéressent la Polynésie intéressent les ingénieurs ?

« Je suis sûr qu’il y a des besoins qui ne sont pas forcément exprimés. Par exemple dans le milieu médical, on a rencontré des docteurs et ils avaient des problèmes facilement solvables avec les technologies actuelles, mais ils ne pensaient pas que ces technologies étaient déjà disponibles. Pour la montée des eaux, les changements climatiques il y a un certain nombre de challenges qui vont devenir pressants dans les années qui viennent, donc il faut se rapprocher des acteurs locaux pour pouvoir élaborer les technologies qui seront utiles partout dans le monde, très rapidement.

Par exemple travailler sur les plongeurs va permettre d’améliorer toute la e-Santé. Travailler sur les énergies va aider les îles isolées qui ont besoin de solutions d’alimentation énergétiques… Et il y a le traitement de l’eau, la pollution des nappes phréatiques. Pour tout ça, il faut disposer d’un Fab Lab sur place et de certains outils pour permettre de faire du prototypage et avancer sur des sujets très variés. »

Pourra-t-on convaincre les ingénieurs de venir en Polynésie ?

« Tahiti on voit d’abord la carte postale, et à choisir entre Maubeuge et Tahiti, la Polynésie c’est quand même plus attractif. Et il y a des problématiques par rapport au milieu aquatique qui sont propres à la gestion des lagons, ici il y a beaucoup de recherche sur la biologie marine, ça pourrait être intéressant pour les chercheurs d’avoir accès à ces technologies. Enfin c’est l’occasion de se confronter à de nouvelles problématiques que nous ne trouvons pas en France et de développer de nouvelles technologie pour répondre aux besoins des iliens dans plusieurs domaines : santé, énergie, environnement, etc… »

Vous verra-t-on bientôt en Polynésie ?

« Je viens du 6 au 10 novembre, on sera plusieurs membres de la HUS. Aujourd’hui on élabore des projets sur des premières problématiques que nous avons pu identifier qui pourraient être mis en place à plus ou moins long terme. Mais il n’y a qu’en rencontrant des gens et en étant sur place qu’on pourra bien comprendre les problématiques et les demandes, de qu’il faudra mettre en place.

Avec des collègues on est très motivés sur ce projet-là, car il donne vraiment une ouverture sur un monde différent. »

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Source:: Thaïti info

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