Education : comment répondre aux besoins de la Guyane ?

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Lors de la conférence de presse de ce lundi 13 juillet au Rectorat, Philippe Lacombe et son équipe exposaient les perspectives à court et moyen termes de l’Education Nationale en Guyane. Rythmes scolaires, enseignants, toute nouvelle Université de Guyane et REP+ (voir notre dossier d’hier). Les élèves guyanais vivront-ils une rentrée aussi chaotique que l’an passé ?

A la rentrée 2015, pas moins de 51 classes (tous niveaux confondus) seront ouvertes en Guyane, et plusieurs nouveaux établissements ouvriront leurs portes pour répondre (au mieux) à la forte croissance démographique. Si l’académie promet être « en ordre de marche » pour la rentrée de septembre – « les 2.500 enseignants » du 1er degré ayant « tous été affectés » – il est « toujours possible qu’il y ait quelques ajustements au dernier moment ».

Choyer les contractuels et faciliter l’installation sur les sites isolés

A l’heure actuelle, l’académie de Guyane compte pas moins de 900 contractuels, qui viennent principalement suppléer les manques de professeurs titulaires. Ces contractuels « de droit public » gagnent 1.650 euros net chaque mois, mais se retrouvent souvent placés dans les communes isolées ou « éloignées ». Pour septembre, certains – 3 ou 4 -auraient même « refusé » leur affectation dans les communes des fleuves.

Afin de rassurer les nouveaux arrivants sur la réalité du travail sur les sites isolés – jusqu’ici, la communication se limitait à un document des plus succincts : http://goo.gl/9ZIVUd – le rectorat va mettre en place un « référent sites isolés » qui sera chargé d’accueillir les enseignants, et d’organiser « des missions collectives mensuelles pour aller à la rencontre des personnels de l’Intérieur » expliquait le recteur Philippe Lacombe. « Nous ne voulons plus qu’ils aient ce sentiment d’éloignement et d’abandon » poursuivait-il.

Rendre attractif l’enseignement en Guyane

Dans une note d’information de l’Education Nationale datant d’octobre 2013, la Guyane se distinguait nettement des autres départements ultramarins, en termes d’affectations. « Environ un enseignant sur huit souhaite en partir, et plus de la moitié y parvient » relève le ministère, qui pointe également du doigt l’important turn-over connu par l’académie guyanaise : « ses enseignants titulaires ont une ancienneté particulièrement faible : plus de 40% d’entre eux y exercent depuis cinq ans ou moins, alors que c’est le cas de moins de 17% des enseignants des autres académies d’outre-mer. » Une dynamique qui a bien sûr des effets négatifs sur la réussite scolaire des élèves guyanais.

Pour pallier à ce « désintérêt » des enseignants pour la Guyane, le rectorat a mis en place la très attractive plateforme « Enseigner en Guyane » (à retrouver ici : http://goo.gl/RGXoIs). « Nous avons déjà un public » se réjouissait Francis Fonderflick, le secrétaire général de l’académie, « maintenant il faut convaincre ! » Tant le personnel de l’extérieur, que les futurs diplômés guyanais intéressés par l’enseignement. « C’est un vrai métier » poursuivait-il, « on peut l’exercer partout en Guyane. »

Un dispositif – étonnement – identique à celui mis en place dans l’académie de Créteil, réputée difficile, et par où passent un grand nombre de jeunes diplômés. Le rectorat espère ainsi apporter une réponse aux syndicats, qui regrettaient « les sommes très importantes dépensées pour faire venir des collègues » de l’extérieur, un système qui « ne marche pas : ils ne restent peu et ne s’intègrent pas » commentait en mai les représentants du Steg-UTG.

Ces derniers souhaitaient voir « plus d’enseignants formés ici ». Mais pour le moment, les chiffres restent très modestes par rapport aux besoins grandissants du territoire. La croissance démographique est en effet plus forte que celle du nombre d’enseignants…

En 2015, 165 lauréats sortaient de l’ESPE (Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education, ancien IUFM) pour devenir professeurs des écoles (élémentaire et primaire), et « une centaine » d’autres obtenaient leur CAPES (lettres modernes ou anglais). « Nous avons besoin d’accueillir plus d’étudiants guyanais, et surtout, de les garder en Guyane » détaillait le recteur.

Seulement voilà. Les mesures d’attractivité ne concernent pas uniquement la Guyane mais tous les DOM. Et chaque enseignant – et il en va de même pour les fonctionnaires en général – en plus de percevoir 40% d’indemnités supplémentaires, « peut » bénéficier de « l’indemnité de sujétion géographique » (voir encadré ci-dessous).

Ces avantages viennent certes compenser la relative difficulté d’enseigner en Guyane, et l’éloignement des personnels extérieurs, mais sont peut-être également à la source des problèmes de l’académie dans sa perpétuelle recherche de personnel. La qualité de vie, l’extraordinaire composition de la société guyanaise et le dépaysement ne font malheureusement pas tout… ES

L’indemnité de sujétion géographique

Celle-ci, versée en trois fractions égales (la première à l’installation, la seconde au début de la troisième année de service, et la dernière après 4 ans), est comprise en Guyane « entre dix et vingt mois du traitement indiciaire de base de l’agent » peut-on lire dans les textes de loi. Le taux diffère en fonction du lieu où s’installe le fonctionnaire, et peut-être majoré de 10% pour le conjoint, et de 5% par enfant à charge. Dans le cadre d’un déménagement de deux fonctionnaires, l’Etat ne permet pas le cumul des deux indemnités, mais se basera sur « celui des deux fonctionnaires qui bénéficie du traitement indiciaire de base le plus élevé ».

Pas étonnant que le turn-over soit si important… Tout déménagement d’un DOM à un autre, ou depuis et vers la métropole, est concerné. Et cela ne se fait ni au bénéfice des caisses de l’Etat, ni au bénéfice des départements ultramarins et de leurs populations (en l’occurrence, les jeunes). D’après les chiffres du Steg-UTG, 99% des enseignants en Guyane viennent de l’extérieur…

Source:: Lekotidien

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