Education à l’écologie… une « neutralité malveillante »

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« C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt. » Marguerite Yourcenar

C’est aux présidentielles de 1974, à l’instigation de divers groupes et personnalités (Amis de la Terre, Pollution Non et un groupe de journalistes environnementalistes) que René Dumont (1904-2001) sera le premier candidat écologiste.

En avance sur son temps, le plus célèbre des agronomes français, bien connu pour son éternel pull rouge, surprendra les téléspectateurs français en se montrant sur le petit écran, accompagné d’une pomme et d’un verre d’eau. Il leur expliquera avec des mots de tous les jours, combien nos ressources naturelles étaient précieuses et en péril.

A la suite de cette campagne nationale, en juin 1974, lors des Assises de Montargis (Loiret), où se réunissent les militants qui s’étaient engagés dans celle-ci, sera fondée la première organisation de l’écologie politique d’envergure nationale : le Mouvement écologique.

Nous étions au début des années 80.

« Monsieur Landy, votre travail pédagogique est excellant mais, il y a cependant, dans vos cours, une activité qui me chagrine : je dois vous reprocher quand même quelque chose : ce sont vos cours d’écologie »

Affichant une moue désapprobatrice, me regardant par-dessus ses demi-lunettes de presbyte, un peu gêné, l’inspecteur de l’éducation Nationale de ma circonscription continua par : « Vous savez, ce mot « Ecologie » devient trop politique et notre école doit avant tout être laïque, ne pas prendre parti. »

N’écoutant que ma conscience, mes petits « cours d’écologie » continuèrent cependant avec autant d’intérêt de la part de mes élèves attentifs. Pour moi, c’était cela le plus important.

Dans mon esprit, je continuais très simplement et très modestement, le travail que Célestin Freinet avait expérimenté avec succès en 1935 dans son école de Vence*.

Naturellement, pour ne pas à avoir, comme lui, d’inutiles combats à mener contre notre grande Institution Nationale (qui me rémunérait) ; combats qui auraient pu porter préjudice à mes élèves, cet intéressant vocable disparut désormais de mon cahier journal officiel, celui que l’on présente aux inspections, celui qui décline toutes les activités proposées dans la classe. Je le remplaçai avantageusement par « Découverte de la nature ».

Ainsi, tous les vendredis après-midi, nous nous rendions, mes élèves et moi-même, dans les champs environnants, dans les bois qui les encerclaient et au bord de la rivière qui les traversait nonchalamment avant de partager en deux le petit village où j’avais été nommé en classe unique.

Rentré en classe, nous inscrivions avec application, nos différentes remarques sur un cahier à grands carreaux. Mes petits campagnards, habitués à côtoyer la nature intégrèrent facilement les notions simples que nous abordions.

Leurs parents, pour la plupart agriculteurs, impliqués dans une autre démarche de rentabilité, étaient plus sceptiques. Mais, à cette époque on ne contrariait pas encore trop son instituteur communal. Et puis, derrière son dos, ils pensaient presque à l’unisson, que cette mode écologique passerait étant donnés les avantages que la chimie apportait à leurs récoltes.

Quelques années plus tard, à ma demande, je fus nommé en ville, là où de nombreux élèves me dessinaient un poulet sans ses plumes, le seul qu’ils connaissaient les pauvres, le seul qu’ils rencontraient dans l’environnement de leur immeuble à étage : le poulet aux hormones prêt à cuire. Lorsque je leur proposai les premières notions d’écologie de mes cours, leurs yeux s’écarquillèrent.

Mais, au bout de quelques mois, ils conseillaient déjà leurs parents.

Devenant par la suite rééducateur en psychopédagogie, j’écrivais et j’utilisai comme médiateur des contes et des fables où les relations des êtres vivants (animaux, végétaux, micro-organismes) avec leur environnement, ainsi qu’avec les autres êtres vivants tenaient une place importante.

Sous la pression de collègues enseignants, grâce et avec la collaboration indéfectible de mon épouse, certains furent publiés.

Avril 2009 :

Ce matin, je reçois sur mon mail une sollicitation émanant du Rectorat de Guyane : « Vous êtes cordialement invité à une réunion pour mettre au point un projet d’écriture d’un livre pour enfant ayant pour thème « écologie et développement durable. »

Comme le diraient certains journalistes outre-Atlantique : « No comment ». Je sais que vous estimerez tous seuls la conclusion de cette histoire.

Alain LANDY

*Qui est Célestin Freinet ?

C’est un pédagogue français, né en 1896 et mort en 1966 à Vence dans les Alpes-Maritimes.

D’abord au Bar-sur-Loup, puis surtout à Vence, il développe avec l’aide de sa femme Élise, et en collaboration avec un réseau d’instituteurs, toute une série de techniques pédagogiques, basée sur l’expression libre des enfants : texte libre, dessin libre, correspondance interscolaire, imprimerie et journal scolaire, enquêtes, réunion de coopérative etc. Militant engagé, politiquement et syndicalement, en une époque marquée par de forts conflits idéologiques, il conçoit l’éducation comme un moyen de progrès et d’émancipation politique et citoyenne.

Son nom reste attaché à la pédagogie qui se perpétue de nos jours notamment via le Mouvement de l’École moderne. Certaines techniques développées par Freinet ont pénétré l’institution scolaire. L’École Freinet, de Vence, devenue publique en 1991 est classée au patrimoine de l’UNESCO.

Source:: Lekotidien

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