100 containers bloqués au port par des changements de procédure

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PAPEETE, le 18 aout 2015 – Un changement de règlement qui semble anodin, concernant la désinsectisation de certains containers, a provoqué un embrouillamini administratif conséquent. Depuis le 12 août ce sont plus de 100 containers qui restent coincés sous douanes au grand dam des importateurs.

« Voilà quelque chose qui commence à coûter de l’argent aux importateurs » nous confie l’un d’eux. Ce qui le renfrogne est la centaine de containers coincés en zone sous douanes depuis le 12 août, qui devaient alimenter les différents grossistes et chaines de supermarchés en marchandises venues de Chine. Sous le soleil de Motu Uta, des produits électroménagers, des vêtements, du bois, des conserves et des centaines d’autres produits attendent de recevoir un traitement insecticide pour rejoindre leurs propriétaires.

Pour comprendre pourquoi ils sont coincés là, il faut d’abord savoir qu’ils viennent tous de zones infectées par des insectes xylophages du cocotier. Des pestes animales qu’il faut à tout prix empêcher d’envahir nos îles (des voisins comme Fidji, Guam, les Samoa, Vanuatu, Tonga, l’Australie, Wallis et une bonne centaine d’autres pays l’ont déjà). La loi oblige donc à ce qu’ils reçoivent un traitement à l’insecticide, administré par les agents phytosanitaires du Département de la protection des végétaux. Ce département dépend du SDR et est basé à Motu Uta, à une centaine de mètres de la zone sous douane.

UNE PROCÉDURE MISE EN PLACE EN 2010 QUI N’A JAMAIS ÉTÉ RESPECTÉE

Si l’obligation de traitement remonte aux années 1990, le problème actuel trouve son origine en 2010, lors de l’établissement d’un accord mettant en place une procédure entre les acconiers (les dockers) et les agents phytosanitaires. Les acconiers devaient installer les containers dans la zone sous douane et les ouvrir, en tant que représentants des propriétaires. Les agents phytosanitaires y injectent l’insecticide et rescellent le container pour que les acconiers puissent le livrer à leur client.

Selon une source proche du dossier, la procédure prenait beaucoup de temps et les dockers ont vite trouvé un accord avec les agents phytosanitaires pour tout faire eux-mêmes (officiellement sous la supervision des agents). Jusqu’à ce que « un des grands patrons d’une société d’acconage » découvre le manège début 2015, et tape du poing sur la table auprès du SDR pour que ses salariés ne soient pas exposés à l’insecticide. Un problème de sécurité qu’il n’a pas laissé passer. Retour donc au système de 2010, qui sur le terrain ne satisfaisait personne.

Du coup les dockers, qui selon eux sont tout aussi exposés à l’insecticide en refermant le container que lorsqu’ils y déposaient aussi la bombe d’insecticide, ont protesté pour les mêmes raisons de sécurité. « Nous on débarque les containers du bateau, on les aligne sur le terre-plein pour le phytosanitaire et quand ils sont traités, on les livre, c’est ça notre rôle » assure le représentant syndical des dockers.

CHANGEMENT DE PROCÉDURE, POUR LA RENDRE ENCORE PLUS COMPLEXE…

Du coup le ministère de l’Agriculture (nous n’avons pas pu contacter le ministre aujourd’hui en raison d’une tournée dans les districts) a publié le 13 août une note aux importateurs changeant la procédure, cherchant un compromis. Il fallait maintenant que les dockers transportent les containers au petit parking du Département de la protection des végétaux, pour que les scellés soient brisés en présence de l’importateur ou de son représentant pour le traitement.

« Ce parking n’est pas prévu pour ça, il n’y a pas la place pour caler les containers et manœuvrer nos machines. Elles sont vraiment dangereuses, on ne peut pas faire n’importe quoi si on n’est pas au bon endroit. On a sorti 3 containers vendredi dernier, et c’est là qu’on a vu les problèmes de sécurité. Nous avons immédiatement utilisé notre droit de retrait » explique le représentant syndical des acconiers.

Depuis, en absence de solution, les containers restent bloqués dans la zone sous douanes et de nouveaux les rejoignent régulièrement, au grand dam des importateurs mais aussi des acconiers et du SDR. De nouvelles négociations sont en cours entre les sociétés d’acconage et le SDR pour trouver une solution qui permettrait le traitement des containers dans la zone sous douane, tout en respectant les procédures de sécurité.

100 containers bloqués au port par des changements de procédure
Les insectes xylophages du cocotier

Xylophage signifie « mangeur de bois ». Ces insectes aiment ainsi coloniser certains arbres et se nourrir de leur sève et de leurs feuilles jusqu’à parfois les tuer. De nombreuses espèces s’attaquent au cocotier, et la Polynésie est indemne des plus dangereuses. Pourtant ces pestes animales ont envahi une grande partie des tropiques à travers le monde. Tous les continents à part l’Europe sont touchés, et en particulier une grande partie de la Chine. Depuis les années 1990, toute importation en Polynésie venant d’une des zones infectées est soumise à inspection et à un traitement à l’insecticide.

Les oryctes rhinocéros, par exemple, s’attaquent aux cocotiers, mais aussi aux tumu uru (arbres à pain), aux pandanus ou encore aux manguiers. Deux autres nuisibles sont aussi en ligne de mire : les scapanes et les strategus.

Un insecticide anodin ?

Pour traiter les containers, les services phytosanitaires assurent utiliser du perméthrine. C’est le produit utilisé pour traiter les termites ou les nids de guêpes, ou encore celui qui est parfois répandu dans l’avion pour tuer les insectes. Il attaque le système nerveux des insectes et est très largement utilisé dans le monde ou pour traiter certains animaux d’élevage ou les chiens contre les parasites. S’il semble anodin pour l’homme, il est très toxique chez le chat, les poissons et les batraciens.

Selon les importateurs par contre, c’est du bromométhane qui est utilisé, un produit bien plus efficace (il tue aussi les rats et les champignons), mais qui est en échange beaucoup plus dangereux. Dans la fiche de l’INRS (fichier pdf) consacré à la molécule, les scientifiques notent que « le bromométhane est un toxique redoutable en raison de son action sur le système nerveux et du fait qu’il est difficilement détectable à des concentrations déjà dangereuses ». S’il ne semble pas avoir d’effets à faible dose, il ne doit pas entrer en contact avec la peau. Plusieurs centaines d’intoxications aigües par inhalation auraient été documentés dans la littérature scientifique. En métropole, une législation très stricte encadre son utilisation par les professionnels, qui prévoit une formation obligatoire et un équipement de protection incluant un appareil de protection respiratoire et un détecteur de gaz. Selon la liste des produits pesticides autorisés en Polynésie française, le bromométhane (aussi appelé bromure de méthyle) n’est autorisé à l’importation en Polynésie que pour le SDR, pour les quarantaines, et est classé extrêmement dangereux.

Peut-être que le problème ne vient finalement que d’un quiproquo sur le produit utilisé et sur sa dangerosité…

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Source:: Thaïti info

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