Salades, tomates et concombres bio bientôt livrés en panier

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Papeete, le 19/08/2015- Sur le plateau de Vairao, l’exploitation de 15 hectares d’Augustin Vonken est entièrement conduite en agriculture biologique. Avec ses fruits et légumes garantis sans intrants, l’agriculteur livre depuis hier ses paniers biologiques aux habitants de Tahiti.

Sur la route de ceinture, rien n’indique l’exploitation Matea sud d’Augustin Vonken. Pour y monter, il faut un 4×4. Mais une fois le sommet atteint, le décor est splendide! D’abord par sa vue imprenable sur la baie de Vaiaro mais aussi par ses 15 hectares cultivés entièrement en agriculture biologique. Un exploit quand on sait qu’en moyenne la surface agricole exploitée par agriculteur en Polynésie est de 6,9 hectares, 58 % des fermes font moins de 0,5 hectare !

La semaine dernière, Augustin Vonken a reçu son certificat de l’organisme SPG Bio Fetia qui l’agrémente en bio pour une douzaine de variétés de légumes. Cet agrément (qui s’appuie sur le label bio pacifika) arrive comme une reconnaissance du travail accompli. Cela fait quatre ans qu’il cultive ses parcelles. Il est le neuvième agriculteur certifié de Polynésie. Pour ce faire, il a su s’entourer des bonnes personnes. Comme l’ingénieur agronome Romain Borie qui le conseille depuis deux ans et demi.

Son objectif atteint, il peut désormais se lancer dans la commercialisation de panier bio. Avec 3000 Fcfp, il sera possible d’acheter un panier pesant 6 kilos et contenant 5 légumes différents avec au minimum de la salade, du concombre et des tomates mais aussi des poireaux, des haricots verts, des aubergines … Les consommateurs pourront commander des légumes et des fruits en plus (bananes, citrons, goyaves, papayes, etc.). « Le planning de production est établie pour les mois à venir », commente Romain Borie. L’objectif est de livrer une centaine de paniers bio sur toute l’île d’ici décembre (voir encadré).

Salades, tomates et concombres bio bientôt livrés en panier
Du pharmacien à l’agriculteur

Au départ, Augustin Vonken avait acheté son champ pour extraire de la fleur de tiare. Pharmacien à Taravao, il caressait l’idée de soigner avec des plantes aux propriétés naturelles. « Le tiare peut faire baisser la fièvre », explique-t-il. Avant le cyclone de 1983, sa pharmacie ne lui apportait pas beaucoup de revenus car elle était très éloignée de la ville. Après le cyclone, la politique du gouvernement a changé et le magasin a commencé à bien fonctionner. Ce qui lui a permis d’investir plus tard dans l’agriculture biologique.

Le virage de la pharmacie à l’agriculture biologique n’a rien de surprenant dans la vie de cet homme. « J’ai commencé à développer de nombreuses allergies et je me suis dit que ce n’était plus possible de vivre comme ça ». Une fois à la retraite, il a monté son projet de maraîchage conduit en agriculture biologique, entièrement autosuffisant. Il a investi dans une éolienne pour l’électricité, des panneaux solaires pour les frigos, des serres, du matériel agricole, etc. Son objectif : prouver qu’il est possible de cultiver quasiment les mêmes légumes qu’en métropole et sans pesticides. En tête de liste, la salade, les tomates et les concombres, très recherchés par la population au fenua.  » Nous sommes à 200 mètres d’altitude, nous avons 4 degrés de différences avec le bas de la presqu’ile, c’est possible », assure-t-il.

Salades, tomates et concombres bio bientôt livrés en panier
Problèmes d’insectes

Sans hiver, les insectes et les maladies se développent très vite. Encore plus en agriculture biologique où les traitements sont différents. « Nous ne repartons jamais à zéro grâce au froid, nous devons toujours trouver des remèdes aux maladies. Par exemple, quand on traite avec une décoction (naturelle), elle ne tient que deux heures sur les feuilles alors qu’en métropole elle tient deux semaines », explique Romain Borie qui a également sa société de conseil, Biofarm. Sous les tropiques, un sol ne doit jamais rester nu. Le paillage est très utilisé par les agriculteurs bio, il permet de bloquer les mauvaises herbes, maintenir l’humidité et enrichir la parcelle.

Des tournesols au pieds des tomates, du purin sous les plantes, des décoctions et macérations en application sur les feuilles, des algues pour faire du compost … Augustin a ses petits secrets, tous validés par son potager. Il ne compte pas les dévoiler de sitôt. « Bientôt j’écrirais un livre avec mes recettes », confie l’homme de 70 ans en regardant sa haie de papayers, plantée là pour briser le vent.

Salades, tomates et concombres bio bientôt livrés en panier
 » Sans rigueur, tu ne peux pas faire du bio « 

Le climat tropical présente aussi quelques avantages. Avant de passer sous serres, les plants de salades n’ont besoin de rester que seulement deux semaines en pépinières contre deux mois dans l’hexagone. Une différence qui permet de cultiver plus de salades et donc d’en commercialiser en plus grande quantité.

Les variétés de légumes qui ne sont pas encore certifiées bio attendent de subir des tests concluants. Par exemple, pour la courgette, Augustin s’est aperçu qu’il ne fallait pas les planter sur un terrain battu par des vents « tourbillonaires ». Il a donc replanté les courgettes ailleurs et attend désormais le résultat. Patience.

Augustin applique également les principes de la biodynamie sur son exploitation, c’est-à-dire qu’il accorde de l’importance aux éléments naturels comme le cycle de la lune. « Nous sommes obligés de passer par la biodynamie, sinon nous n’avons pas de production ! Au début, nous n’y faisions pas attention et puis nous nous sommes aperçus que le rendement était différent selon la lune », explique-t-il.

Jamais à court d’idées, l’ancien pharmacien a fait venir des poules pondeuses de Nouvelle-Zélande, élevées sans antibiotiques pour préparer de l’engrais naturel pour ces plantes. Il élève également des moutons, toujours pour son engrais. « L’objectif est de créer une ferme entière, voir si ça fonctionne en autosuffisance, le but n’est pas forcément commercial ».

Augustin a les pieds sur terre : il n’a pas trouvé sur l’île l’alimentation qui lui convenait, il l’a créée de toute pièce avec ses propres moyens. Pour y arriver, il a dû former ses salariés qui, au départ, ne comprenaient pas bien les lubies d’Augustin. « Sans rigueur, tu ne peux pas faire du bio, je demandais 100 grammes pour faire un mélange et ils me mettaient une poignée », s’agace encore l’exploitant. Avec Romain, il s’attellent à leur formation car c’est aussi grâce à eux que l’exploitation peut fonctionner.

Salades, tomates et concombres bio bientôt livrés en panier
Des fraises, des pêches et du miel

Les fraises sont la nouvelle marotte d’Augustin. Il a fait venir des plants de fraisiers de métropole : « À cause de la chaleur, nous avons tout un tas de virus qui les envahissent », explique-t-il. Cette année, il a changé d’espèces avec des variétés de fraisier plus « tropicalisé ». Pour le miel, il a déjà implanté 34 ruches sur son exploitation ainsi que des plantes mellifères (celles qui produisent du nectar pour les abeilles). Une centaine de ruches en plus sera bientôt installée et une miellerie est en cours de construction. Des pêchers et des abricotiers ont également été plantés. « Pour l’instant, ça ne prend pas vraiment, mais nous sommes en hiver austral », dit-il en regardant tristement ses pêchers. Dernièrement, il a aussi développé son propre système d’irrigation avec une pile de 9 volts … Bref, Augustin n’est jamais en manque d’idées.

3000 Francs le panier de 6 kg
Salades, tomates et concombres bio bientôt livrés en panier
Le mardi, les paniers seront livrés sur la côte est et le vendredi sur la côte ouest. Sandra prend les commandes et livre avec son camion. La récolte se fait la veille de la livraison. L’objectif, à terme, c’est que les gens se regroupent pour prendre les paniers.

Pour la contacter, Matea Sud: 87 214 175

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Source:: Thaïti info

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