Squale chagrin : Mayotte compte une 25e espèce de requins

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Une nouvelle espèce de requins a été observée ces dernières semaines à Mayotte. La nouvelle a été donnée par Shark citizen, une jeune association spécialisée dans l’étude et la préservation des squales. Dans notre département, les données manquent.

Des connaissances manquantes sur les requins à Mayotte

Son nom est quelque peu barbare : Centrophorus moluccensis. En français, il a été nommé « squale chagrin Cagao». L’espèce était connue dans la région, en Afrique du Sud, au Mozambique ou aux Comores, mais il n’avait encore jamais été observé à Mayotte. C’est chose faite ! Il a été pêché accidentellement il y a quelques semaines et la photo a été envoyée au système d’identification halieutique (ISH) mis en place à Mayotte par le Parc naturel marin avec l’appui technique de l’IFREMER.

L’antenne mahoraise de Shark Citizen, une association crée au début de l’année, a ensuite été sollicité. Elle a fait suivre le cliché au Museum National d’Histoire Naturelle où le requinologue Bernard Seret a identifié l’espèce, même si la qualité de la photo l’a, en bon scientifique, amené à faire preuve de prudence.

Un petit requin des profondeurs

Le « squale chagrin cagao» est un requin plutôt petit qui ne dépasse pas 98 cm. Il vit en eaux profondes, entre 130m et 820m de profondeur où il se nourrit de crustacés, de moulusques, de petites langoustes et d’autres petits requins. Outre notre région, il est commun en Nouvelle-Calédonie, Australie, au Japon mais aussi en Indonésie où il a été décrit pour la première fois en 1860.

Le petit requin pêché accidentellement et donc identifié pour la 1ère fois à Mayotte

A l’époque, l’Indonésie est dominée par les Pays-Bas. Dans ces « Indes néerlandaises», un médecin ichtyologiste (qui étudie les poissons) va réaliser un travail phénoménal : Pieter Bleeker constitue une collection de 12.000 spécimens de poissons et décrit 511 nouveaux genres et 1.925 espèces nouvelles. Parmi elles se trouvent notre petit squale chagrin.
« On a commencé à s’intéresser très tardivement aux requins, à cause de leur réputation de terreurs des mers. Cousteau avait ouvert la voie mais l’engouement reste récent, explique Aymeric de Shark citizen.

Manque de données à Mayotte

À Mayotte, une structure dénommée May Shark avait mené quelques études mais le manque de connaissance reste important. Et si certains évoque un nombre accru de requins sur la barrière et même à l’intérieur du lagon, impossible de s’appuyer sur des données précises.

Le requin chagrin, 25e espèce de squale décrite à Mayotte

Le requin chagrin Cagao, 25e espèce de squale décrite à Mayotte (Crédits photo : Wiki Commons)

Les requins ont évidemment toujours été présents dans la zone. Si 25 espèces ont été recensées à Mayotte, parmi lesquelles le requin baleine, requin gris de récif, requin pointe noire et même le requin blanc (observé à 2 reprises), on sait qu’elles sont beaucoup plus nombreuses chez nos voisins : 62 aux Seychelles, 59 à Madagascar et même 73 au Mozambique… On peut donc facilement en conclure que les données manquent chez nous.

La jeune association Shark citizen, en plus d’actions évidentes de sensibilisation, se donne donc pour mission d’augmenter la connaissance. Avec une quinzaine de membres actifs, elle va s’atteler à un suivi des débarquements de pêches et à la collecte de données via le réseau d’observateurs Tsiôno dans lequel elle est chargée du volet requins.

Une nurserie à découvrir

La découverte des requins avec citizen shark lors de l'opération 1ère bulles au pays du corail du Parc naturel marin le 10 août

La découverte des requins avec citizen shark lors de l’opération 1ère bulles au pays du corail du Parc naturel marin le 10 août

« A partir de septembre, nous allons faire des sessions de formation des clubs de plongée pour qu’ils puissent faire des identifications et donc partager de bonnes observations.» Shark citizen veut aussi travailler sur une zone particulière au nord du lagon, connue pour être une sorte de nurserie de requins Pointe-Noire.

« On voit des bébés de temps en temps mais on ne sait pas combien ils sont, s’il y en a toute l’année et quelle est l’importance du site pour l’espèce. On souhaiterait mettre en place un suivi par drone», explique Ayemric Bein. Une étude qui demande donc des financements. Mais c’est le prix à payer pour disposer de données fiables qui permettent de dépasser les a priori.
RR
Le Journal de Mayotte

Source:: La journal de Mayotte

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