De la précarité aux scènes parisiennes

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Les mains percutent les instruments, la guitare et le kayamb s’emmêlent puis les voix reprennent le refrain à l’unisson : « Dedans, dehors… Dedans, dehors… » Yohann, « Leman » et « Bouchon » fréquentent la boutique de solidarité de Saint-Joseph et font les musiciens, accompagnés de leurs animateurs et du chanteur Joël Manglou. Tous les sept se produiront au festival « C’est pas du luxe », le week-end du 18 septembre. En plus de la chanson qu’ils ont écrite, « Dedans, dehors », le groupe reprendra des classiques de Jules Arlanda, Maxime Laope et Georges Fourcade.

Animateur à la boutique solidarité de Saint-Joseph gérée par « Emmaüs Grand Sud », Patrice Guichard est à l’initiative du projet. L’utilisation de « méthodes actives pour aller chercher et mettre en valeur les compétences des individus » a permis de dégager chez certains pensionnaires un attrait très fort pour la musique. Joël Manglou est venu ensuite se greffer pour attiser cette « petite lumière qui les réunit » et « exprimer autrement ce que les gens ne comprennent pas ».

L’artiste péi se voit dans un rôle de récepteur-transmetteur où ce qu’il reçoit vient « souvent de la rue, là où les gens sont les plus sincères, n’ont rien à perdre et le plus à donner ». Le travail initié quatre ans auparavant avec, entre autres, Davy Sicard et le poète Willy Fontaine – et qui avait accouché de la chanson « Aide a li » – a amené Joël Manglou à s’ancrer davantage dans le Sud sauvage. « Je sentais qu’il se passait quelque chose à Saint-Joseph, raconte-t-il. J’arrive là-bas un peu comme un tonton, ils m’embrassent (sourire), il y a un vrai échange où on casse la glace. »

Les trois pensionnaires qui jouent à ses côtés ont baigné dans la musique depuis tout petit. Yohann a pris un plaisir « énorme » et se demande maintenant comment ajouter cela à son CV. « J’étais tellement motivé que je suis allé en cure de désintox’ pour arrêter de boire. Pour pouvoir revenir plus frais, avec un cerveau tout neuf, confesse le quadragénaire, sourire en coin. Et puis, ça fait du bien de retourner en métropole, je vais retrouver un peu de ma terre là-bas. » Son acolyte « Leman » voit dans ce voyage l’occasion de « passer à autre chose » et espère faire vibrer à nouveau sa corde musicale. Pourquoi, après ça, ne pas ressortir du placard les vingt-cinq chansons qu’il a déjà écrites ?

Il y aura plus de 5000 spectateurs au festival « C’est pas du luxe » et Thierry Hergault, directeur de l’agence régionale de la fondation Abbé-Pierre à La Réunion, se félicite que l’île y soit représentée pour la première fois. Selon lui, le « vecteur culture est important pour redonner aux personnes en grande précarité une estime de soi. »

Se reconstruire au contact des autres, en allant vers eux, à leur « découverte ». Marjorie tient à mettre l’accent là-dessus, sur la « découverte des personnes avec lesquelles [elle]vit, de la métropole et du monde des films ». Avec deux de ses camarades de « Ti Kaz A Nou », la jeune femme a réalisé un court-métrage intitulé « Effet Mer » pour mettre en image leur quotidien, montrer toute sa difficulté mais aussi « l’espoir qu’on avait perdu et qui revient ».

Toute cette aventure initiée en début d’année verra son apothéose au festival, où le film sera projeté. Le plus important là-dedans ? Marjorie n’en démord pas : « La découverte. » « Ça m’enrichit », conclut-elle. Tout simplement.

Fabien Lefranc www.ipreunion.com

Source:: IP reunion

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