« Te Aroha Mamaia » : plus de 3 000 spectateurs en cinq représentations !

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PAEA, le 3 août 2015 – Plus de 900 personnes ont ovationné, samedi dernier, les danseurs, comédiens, chanteurs et musiciens du spectacle « Te Aroha Mamaia », qui se produisaient pour la cinquième et dernière fois dans les magnifiques espaces du marae Arahurahu, à Paea. Cette fiction poignante retrace l’histoire des Mamaia, ces Polynésiens qui ont résisté au nouvel ordre et se sont réfugiés dans les vallées à l’arrivée des missionnaires.

La dernière représentation de « Te Aroha Mamaia » s’est jouée à guichets fermés, samedi dernier, sur le marae Arahurahu, à Paea. Le spectacle a su toucher plus de 3 000 personnes tout au long du mois de juillet et début août, preuve de la qualité de la prestation des artistes, mais aussi de l’intérêt des Polynésiens pour leur Histoire, bien que ce ne soit qu’une fiction. Nous devons cette production au Conservatoire artistique de la Polynésie française (CAPF), Te Fare Upa Rau, dont la mission est de mettre en avant la culture locale et qui est soutenu par le ministère ad hoc. Signées Mateata Le Gayic, chef du groupe Toakura, et Moana’ura Tehei’ura, les chorégraphies ont su insuffler toute l’âme des textes écrits par Patrick Araia Amaru, primé cette année encore Meilleur auteur du Heiva i Tahiti.

La trame du récit nous plonge au 19e siècle à Tahiti, quand les Mamaia*, résistants au nouvel ordre imposé par les missionnaires protestants et persécutés, sont contraints de s’exiler au fond des vallées pour s’adonner à leurs pratiques. « Te Aroha Mamaia » raconte plus précisément l’histoire du grand prêtre Temoe (interprété par Minos, Meilleur ‘orero du Heiva i Tahiti 2015), le chef d’un clan de Mamaia qui a fui le rivage avec les siens pour s’installer près du marae Arahurahu. Soudain, alors qu’ils rendent hommage aux dieux, la corde est rompue. Mauvais présage, la transe est interrompue.

EN CHACUN DE NOUS VIT UN MAMAIA

Bientôt, le fils unique de Temoe, Tarafati, se présente avec sa femme. Il porte dans ses bras son enfant, qui vient de rejoindre le monde des morts, et vient demander de l’aide à son père. Temoe est furieux, car son propre sang l’a pourchassé au profit de la nouvelle civilisation et a renié ses origines, son clan, pour suivre la nouvelle religion, le christianisme. Colère d’un prêtre face à la faiblesse de l’homme. Colère d’un père face à la trahison d’un fils. Aujourd’hui, la mort les réunit. Le passé est enterré avec les remords du fils prodigue, qui se tient au bord du gouffre de sa conscience. Il avait vendu son âme pour des clous. La corde est rompue, mais le lien ancestral est immortel. Prières à Oro pour protéger ce lien et pour qu’à jamais demeure la résistance. Car en chacun de nous vit un Mamaia.

Cette fiction se veut être un retour aux bases de la culture polynésienne. Ainsi, ce sont les chants polyphoniques traditionnels, himene ru’au et tarava tahiti du groupe Tamari’i Fanatea (musiques et compostions de Vaimoana Urarii et Serge Tuarau), qui résonnent entre les ‘ote’a. Les sonorités sont enrichies des sons des pahu, tari pahu, to’ere et autres instruments réalisés par les musiciens eux-mêmes. Les costumes, qu’ils soient en végétaux frais, en végétaux secs ou en coquillages, sont créés par Agathe Le Gayic et uniquement réalisés avec des matériaux issus des ressources du fenua.

Grâce à cette fusion des arts ma’ohi, « Te Aroha Mamaia » réussit à nous faire voyager dans le temps et nous transporte au-delà des cieux. Un moment intense, un hommage poignant aux tupuna et à la culture polynésienne, qui un jour, espérons-le, traversera les océans et s’exportera à l’international.

* Mamaia : « secte de caractère syncrétiste, résultant d »un amalgame de l’ancienne religion polynésienne et des doctrines chrétiennes, qui apparut à Tahiti en 1827″ (source : dictionnaire illustré de la Polynésie)

Extraits du spectacle – Textes d’Amaru Patrick Araîa

Extrait 1.

1 Te Hei-Vā.

E Rā iti tōahu mau Rā le soleil qui se levait

Te Rā e hitihiti nei Sur la peau de la terre

I te ìriāfenua… Etait d’une chaleur étouffante…

E Rā iti ùra toto Rā le soleil qui embrasait

Te Rā e ura nei Les indéfectibles Māmāiā

I te toa Māmāiā-fati-òre… Etait rouge de sang…

E Rā iti faufaa roa Rā le soleil qui guidait

Te Rā e arataì nei Les offrandes au marae

I te pūpūraa ô i te marae Etait bien indispensable

Inaha e inaha e, Car

I hope noa na te ôroà… La cérémonie venait de s’achever…

E Rā iti rupehu mau Rā le jour qui enveloppait

Te Rā e vehi nei Le sommeil du fond de la vallée

I te moeāpeho… Etait brumeux…

E te moemoe nei o Temoe Et Temoe était en transe

I te moearu i te hiti o te marae nei : Dans un cauchemar près de ce marae…

Auē, auē e aha teie ? Auē, auē, qu’est ce qui se passe ?

E àha ! E àha moà ! C’est une cordelette, une cordelette sacrée !

Auē, te mutumutu nei teie àha ! Auē, cette cordelette se déchire !

E topa tātou i teie ôrovaru ! Nous allons tomber dans ce gouffre !

E moè tātou ! Nous allons sombrer!

To na aho i te māpuhiraa e, Lorsqu’il expira,

Te hei-vā nei te Māmāiā, Les Māmāiā étaient en hei-vā,

I te hei-vā ā tumu, De ce hei-vā de l’origine, de la cause, de la fondation…

Te hei-vā e firihia ai Ce hei-vā où sera tressé

Te hei noànoà a Tāne Le hei , le lien exhalé de Tāne

No te hoê te taata Pour unir l’homme

I te pū fenua, Au placenta,

I te àpu o te raì, A la coquille céleste,

Ia hoê o ia Afin qu’il ne soit qu’un

I te vā… Avec le vā, l’espace, le temps, l’univers…

Haruru te pahu, Le pahu résonna,

Hahā te àta. Les rires se propagèrent.

Ruru te ùtu, Les lèvres tremblèrent,

Te ùtu ā toa, Les lèvres des guerriers,

Momi i te hāàe, Salive avalée,

Ahu te pito, Nombril en feu,

Huà te hue, Calebasses rabougris,

Purupuru te tapau, Sève épaissie,

Î te rāàu, Tige emplie,

Îî te rāàu a tāne… Emplie la tige de l’homme…

Extrait 2

Ua vai mūôfaì noa rā o Temoe Temoe se contint dans un silence de pierre

Inaha e inaha teie taata, Car cet homme

E tiàraa taaè to na… Avait un statut très particulier…

Pā, pāìnoi iti e! Papa !

Eie au, to tama ! Me voici, ton enfant !

Aroha mai na ia ù ! Aie pitié de moi !

Aore e pāhonoraa Aucune réponse

Maoti rā te taì a te ùupa… Si ce n’est le chant des ùupa !

Pā, pāìno iti e, Papa, papa,

Eiaha òe e tiàvaru ia ù ! Ne me chasse pas !

Te îria nei rā o Temoe, Temoe était en colère,

To na reo i te faahaparaa e : Lorsqu’il lança ses reproches :

Ahē, Tarafati iti e, Ahē, Tarafati

To ù tama ôtahi, Mon fils unique,

Te mata o to ù nei mata, Les yeux de mes yeux,

Ua tāvai hoì au i to tino De mes larmes

I te roimata no te here pito! Je t’ai massé!

Ahē! Tarafati iti e, Ahē, Tarafati,

Te aho o to ù nei aho, Le soufflé de mon souffle,

Te taìriìri nei te metua tāne i to na upoo… Le père hocha de la tête…

Na òe, na òe i tahitahi ia ù ! Toi, toi tu m’as renié !

Ua tiàvaru òe ia ù i to àau! Tu m’as chassé de ton âme!

E ua ûmeremere òe ia rātou, Et tu les as magnifiés,

E ua piò òe ia òe iho… Tu t’es avili…

Piò no rātou noa !!! Avili rien que pour eux !!!

Extrait 3

E taata rā teie e ôvere nei i te ahinavai, Mais un homme délirait dans les brumes,

Te ahinavai e poì nei i te manava. Les brumes qui couvrent la conscience.

Tei te hiti o Tarafati i te ôrovaru, Tarafati se tenait au bord d’un gouffre,

E te pii nei teie : Et celui-ci le hélait :

Tarafati, Tarafati,

A ouà mai ! Saute !

Teie te naero ! Voici les clous !

Pāhono atu ra o Tarafati : Tarafati lui répondit :

Eita vau e ouà matapō faahou Je ne sauterai plus aveuglement

I te ôrovaru i ôhia no ù. Dans le gouffre creusé pour moi.

Eita! Eita! Non! Non!

Toro atu ra o ia i te tahi nau naero Il tendit quelques clous

Mai te tahi mea faufaa roa, Comme des objets précieux

To na reo i te àvauraa e : Lorsqu’il blâma:

O teie noa naero iti e Ces clous insignifiants

Te hoo o to ù nei varua, Ont acheté mon âme,

Te hoo o to ù nei ìte e to ù paari… Mon savoir et ma sagesse…

O teie noa naero iti e Ces clous insignifiants

Te hoo o to ù nei aroha, Ont acheté ma compassion

Te hoo o to ù nei here e to ù tura… Mon amour et ma dignité…

O teie noa naero iti e Ces clous insignifiants

Te hoo i to ù taivaraa ia ù iho nei, Ont payé mon reniement de ce que je suis,

Te hoo ia òe to ù pāìno Māmāiā iti e… Et ta tête, mon père Māmāiā…

Auē, Auē,

E te atua âpī e, Ô nouveau dieu,

E Ietu e, Jésus,

Ua puta ānei to rima i teie naero Les clous ont-ils transpercé tes mains

Ia tapu atu vau ia ù iho nei? Pour que je sois promis à être sacrifié ?

Ua puta ānei to àoào i teie naero Les clous ont-ils transpercé tes côtes

Ia tāàoào atu vau ia ù iho nei? Pour que je me dénigre?

Ua pātītīhia ānei òe i teie naero As-tu été crucifié (cloué)

Ia riro vau ei tītī io ù iho nei ? Pour que je sois esclave chez moi ?

Ua tae mai ānei òe io ù nei Es-tu arrivé chez moi

Ia maheàheà atu vau, Pour me flétrir,

O vau hoì te māa-òhi ? Moi, le māa-òhi ?

Ahē ! Ahē !

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Source:: Thaïti info