A Papetoai, la maldonne entre la réglementation et son application locale

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PAPEETE, le 2 septembre 2015 – Depuis dix ans, le plan de gestion de l’espace maritime de Moorea impose le respect d’une réglementation rigoureuse dans les zones de pêche réglementée. Avec parfois le constat d’une inadaptation des repères des usagers par rapport aux mesures officielles. Exemple avec ces pêcheurs de Papetoai qui ont fait part de leurs doléances.

Ce sont les textes fondateurs du Plan de gestion de l’espace maritime (PGEM) qui le disent : « La zone de pêche de Papetoai s’étend sur toute la commune associée. Tous les poissons pêchés doivent avoir une taille minimale (mesurée de l’extrémité de la tête à l’extrémité de la queue) variable en fonction des espèces ». Suit une liste de deux pages de tous les poissons habituellement pêchés dans ce secteur et les tailles minimales requises : de 15 cm pour le chirurgien bagnard (manini) par exemple à 80 cm pour le Napoléon (mara) en passant par les 30 cm du poisson docteur strié (tiamu) et les 40 cm requis de la carangue à grosse tête (upoo rahi). D’autres textes, plus généraux, sur la pêche dans les lagons de Polynésie s’appliquent également dont une délibération de 1998 qui stipule que la pêche au filet est interdite quand « le maillage est inférieur à 40 mm dans la plus petite dimension de la maille ». A l’usage, des textes qui semblent bien difficiles à appliquer au quotidien par les pêcheurs locaux.

Fin juillet dernier, lors d’une rencontre à la mairie de Papetoai, les pêcheurs ont pu exposer clairement leurs difficultés face aux membres de l’association du PGEM, les responsables de la cellule environnement de la commune, les agents contrôleurs de la direction des ressources marines. Cette réunion organisée par la tavana déléguée de Papeotai, Gloria Trafton avait pour but de mettre les choses à plat. En effet, des infractions commises par les pêcheurs dans le lagon de Papetoai avaient été punies par des amendes et la tavana recevait régulièrement les plaintes de ces pêcheurs. Visiblement une explication de texte sur la réglementation en vigueur était nécessaire afin de la partager entre ceux qui la subissent et ceux qui la font respecter, était primordial.

Au cœur de ces explications de texte, les questions relatives au maillage minimum exigé pour les filets utilisé par les pêcheurs lagonaires. Clairement, la taille de la maille exprimée en millimètres n’est pas une référence. Dans les techniques de pêches ancestrales, transmises jusqu’à aujourd’hui il n’est pas fait référence à la taille en fonction d’une règle graduée mais en doigts. Une unité de mesure pour le moins fluctuante et donc propice aux erreurs puisque comme le fait remarquer un agent contrôleur de la direction des ressources marines, « la distance mesurée peut varier d’un individu à un autre selon la taille et la circonférence des doigts. Autrement dit, la longueur d’une maille de filet en nombre de doigts sera différente pour une personne à forte corpulence et une personne mince ». Il n’empêche que le doigt reste une unité très couramment employée encore aujourd’hui puisque les magasins de pêche l’emploient également sur les étiquettes de leurs produits.

DOIGTS ET MILLIMETRES

Au point que des pêcheurs de bonne foi n’ont parfois pas bien compris pourquoi ils étaient considérés en infraction. Lors de la réunion le cas d’un pêcheur de Opunohu attrapé par les muto’i pour avoir utilisé un filet de maille de moins de 40 mm pensait être en règle précisant que les mailles mesuraient les trois doigts requis. Rien n’y a fait : il a été condamné à payer une amende de 15000 Fcfp, soit le tarif d’achat de son filet de pêche. A ces questions sur la mesure des mailles des filets, la réponse de la direction des ressources marines a été limpide : « les contrôleurs surveillent le milieu lagonaire en faisant strictement appliquer les textes ». La direction des ressources marines conseille donc aux pêcheurs qui doivent acheter un nouveau filet d’avoir recours à une règle graduée pour vérifier par eux-mêmes que les mailles ne sont pas inférieures à 40 mm.

A l’issue de cette réunion, les pêcheurs de Papetoai ont été invités à créer une association. Par ce biais, ils pourront soumettre à l’avenir des propositions de modifications de la règlementation lors de la révision du PGEM qui sera organisée d’ici la fin de l’année. Ces modifications vont peut-être permettre d’éviter de refaire les mêmes erreurs que dans les années 2000 où beaucoup de pêcheurs d’alors n’avaient pas estimé nécessaire de participer aux réunions auxquelles ils étaient invités pour la mise en place de la règlementation du Plan de gestion de l’espace maritime.

Une Aire marine protégé : à quoi ça sert ?

Dans une AMP toutes les espèces sont protégées, coraux compris. Le but recherché est de favoriser le développement de la vie animale et végétale du lagon dans toute sa diversité car certaines espèces sont aujourd’hui trop rares ou menacées de disparition. Les zones maritimes protégées sont importantes pour la pêche lagonaire et pour le développement touristique. Respecter ces espèces permettra de continuer à exploiter durablement les ressources du lagon dans de bonnes conditions tout en protégeant l’environnement.

A Papetoai, la maldonne entre la réglementation et son application locale
Sur cette carte représentant Moorea on distingue : en rouge les zones placées en AMP (aire marine protégée); en orange les zones de pêche réglementée (Maharepa, Papetoai), en jaune les zones de pêche aux Ature ; en rose les aires de repos des cétacés, en vert les zones de mouillage. Dans les AMP, la pêche est réglementée, le récif corallien protégé, la vitesse limitée à cinq nœuds, le mouillage autorisé seulement sur corps mort, le littoral est protégé, les rejets interdits. Des balises (poteaux jaunes) indiquent le marquage de ces zones.

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Source:: Thaiti info

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