Électricité : une nouvelle ère commence en Polynésie ?

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FAA’A, le 1er mars 2016. EDT Engie (nouvelle appellation du groupe) présentait, ce mardi matin dans ses locaux à Puurai, la nouvelle facture d’électricité qui arrivera chez les consommateurs à partir du 7 mars. A cette occasion, le président directeur général est revenu sur les douze mois de négociation avec le Pays et les nouvelles relations de « partenariat » qui prévalent désormais.

Après douze mois de négociations intenses entre le Pays et EDT, concessionnaire historique de la production et de la distribution de l’électricité en Polynésie française (sur Tahiti et 19 autres îles), son P-dg Grégoire de Chillaz sort de son silence. Ce mardi matin, 1er mars 2016, les nouveaux tarifs de l’électricité, avec le nouveau mode de calcul plus « transparent » selon EDT, entrent en vigueur en Polynésie française : cette évolution tarifaire permet une baisse moyenne du prix de l’électricité de 5,3%. Ces nouveaux tarifs sont le résultat de ces négociations au cours desquelles EDT « a répondu favorablement aux demandes du Pays« .

C’est le cas pour la mise en place d’une comptabilité appropriée par métiers et de la nouvelle rémunération du concessionnaire qui en découle ; de la suppression de l’intervention du FRPH (fonds de régulation du prix des hydrocarbures) dans l’électricité : désormais, les achats de fioul par EDT se font selon des prix fixés par le Pays et seront révisables deux fois par an uniquement ; de la suppression des amortissements de caducité ; mais encore de la sortie d’EDT Engie du capital de la société d’économie mixte TEP (les 39% de parts actuellement entre les mains d’EDT iront à un autre investisseur que le Pays devra trouver).

Bref, à écouter Grégoire de Chillaz, EDT Engie a cédé à toutes les exigences -ou presque- du Pays. Il n’insiste guère en revanche sur la révision du rachat du prix de l’hydroélectricité (71 centimes de plus le kWh) qui n’avait pas évolué depuis 1992, parce qu’il est « sans répercussion sur le consommateur final« . Il ne s’appesantit pas non plus sur la hausse des prix d’abonnement des usagers (qui va progresser encore au cours des prochaines années). Il ne retient que la baisse moyenne des factures d’électricité. Soit 10% de baisse cumulée en une année, de mars 2015 à mars 2016, une baisse qui va même jusqu’à 13% pour les particuliers. Et Grégoire de Chillaz insiste : désormais les tarifs de l’électricité sont fixés par le Pays, en conseil des ministres. En clair, s’il y a des critiques à formuler, il ne faut plus les adresser au concessionnaire du service public, mais au gouvernement.

EDT ENGIE SOIGNE SON IMAGE ET SON AVENIR

« Le Pays a souhaité qu’il y ait une vérité des prix. Cela passe par une répercussion des niveaux de charge que le concessionnaire supporte. Jusqu’au 1er mars 2016 avec le mécanisme du FRPH de stabilisation des prix du fioul, cela n’existait pas. EDT avec le FRPH n’a jamais amélioré ses résultats » commente encore Grégoire de Chillaz qui veut tordre le cou aux rumeurs qui circulent sur le sujet depuis longtemps. « Le FRPH était sujet à suspicion, nous avons donc décidé d’en sortir, comme de sortir du capital de la TEP qui faisait dire à certains qu’EDT était trop présent« . Le P-dg d’EDT Engie se dit d’ailleurs frappé depuis douze mois (depuis qu’il est en Polynésie française NDLR) des messages qui saluent le professionnalisme des équipes d’EDT, mais en même temps du « niveau de critiques sur les réseaux sociaux » référence à peine voilée au groupe Facebook « Unis pour une électricité juste en Polynésie ».

« C’est au Pays de concevoir sa politique énergétique et de légiférer » poursuit-il montrant clairement qui a la main, désormais, sur les grandes orientations du futur. « Il fallait que le Pays reprenne le contrôle de son service public » admettant donc à demi mot qu’il l’avait perdu. « Nous avons des comptes à rendre, c’est bien ; nous avons à expliquer de mieux en mieux ce que nous facturons, c’est bien. Aujourd’hui, les bases d’un partenariat sain sont posées« .

Dans un secteur en pleine mutation, où la part des énergies renouvelables va progresser rapidement ne serait-ce que pour atteindre les objectifs de la transition énergétique du Pays (50% d’électricité issues des énergies renouvelables en 2020), EDT Engie ne veut pas louper le coche. Le groupe veut se débarrasser de l’image d’une industrie lourde, ancienne et dépassée. Si, « aujourd’hui avec un baril de pétrole à 30 dollars, produire des énergies renouvelables coûte plus cher » que l’électricité issue des centrales thermiques, l’énergie solaire, par exemple, est une valeur sûre de l’avenir. Particulièrement, lorsque les possibilités de stockage de cette électricité seront maîtrisées et disponibles à coût abordable. L’adoption du nouveau nom « EDT Engie » participe de ce changement d’image et d’identité. « Le groupe change de marque sur le plan mondial pour incarner la transition énergétique. Nous devons nous adapter à cette mutation » précisait à ce sujet Grégoire de Chillaz.

L’électricité au juste prix ?

« Avec 33 Fcfp du kWh moyen, nous sommes dans la moyenne basse des prix du Pacifique. Je rappelle que le prix de l’électricité en Allemagne par exemple est à 36 Fcfp. Il est vrai que le prix de l’électricité en métropole est deux fois moins cher qu’en Polynésie. Ce qui l’explique, c’est d’abord que le coût de production est plus faible en France grâce aux centrales nucléaires qui sont amorties, ce qui permet d’avoir des conditions très compétitives. Et il y a également, la CSPE (contribution au service public de l’électricité), une taxe qui permet aux départements d’outremer d’avoir le même prix qu’en métropole mais nous ne bénéficions pas ici en Polynésie de cette contribution qui nous permettrait d’avoir le même prix qu’en métropole » explique Grégoire de Chillaz, le P-dg d’EDT Engie à propos des tarifs de l’électricité en Polynésie française.

Il rappelle aussi que la baisse du prix du baril de pétrole brut (divisé par deux en quatre ans) ne signifie pas pour autant que les prix de l’électricité devaient baisser dans les mêmes proportions. Car « les coûts de raffinage, de transport, de stockage et même de livraison jusqu’à la centrale de la Punaruu, eux n’ont pas baissé. Les charges du concessionnaire ne suivent pas, à l’identique, les cours baissiers du pétrole« . D’autant que selon EDT, le coût du pétrole ne représente que 28% du prix réel de l’électricité. Une baisse de moitié de cette charge « pétrole » provoquerait donc au maximum, une baisse de 14% des tarifs de l’électricité.

Ainsi, avec une baisse cumulée sur un an de 10% des tarifs pratiqués par EDT en Polynésie (et même 13% pour les particuliers), le compte est presque bon, signifie ainsi le groupe, oubliant au passage les trois années précédentes durant lesquelles les consommateurs ont continué de payer plein pot leur facture d’électricité en dépit de la baisse constante des prix du baril…

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’avec la fin du mécanisme du FRPH pour fixer le prix de l’électricité, les tarifs sont désormais assujettis aux variations des prix du pétrole brut. Faut-il s’en inquiéter ? « Le FRPH était un moyen de stabiliser les coûts du combustible avec la variation des prix du pétrole. Aujourd’hui nous allons mettre en place avec le Pays des prix d’achat du combustible fixes qui seront révisables deux fois par an, dont les prix seront publiés au JOPF de manière tout à fait transparente« . Une indexation qui pourrait entraîner une hausse des tarifs de l’électricité (jusqu’à deux fois par an) en cas de reprise à la hausse des prix du baril de pétrole brut. « Aujourd’hui c’est une réalité qui nous échappe. Nous achetons encore une quantité de fioul et de gazole significative pour faire tourner les centrales thermiques dont nous avons besoin pour assurer la continuité du service. Ces matières premières aujourd’hui sont indexées sur le pétrole« .

Électricité : une nouvelle ère commence en Polynésie ?
La nouvelle facture

A partir du 7 mars, les 86 205 clients d’EDT Engie (62 754 à Tahiti et 23 451 dans les îles) vont recevoir leur nouvelle facture d’électricité. Une facture plus détaillée pour que les consommateurs s’y retrouvent plus facilement. Avec, notamment la répartition des rubriques de facturation : ce qui est dû pour l’énergie, la TVA, la taxe municipale et la redevance de transport. Des graphiques montrant la consommation mensuelle (sur 13 mois) et les factures acquittées (sur la même période) permettent aux usagers de suivre au plus près leur dépense énergétique.

Ce nouveau mode de présentation de la facture a été élaboré par EDT en lien avec un groupe de consommateurs et après un audit mené par une société de conseil indépendante a expliqué Martha Failloux-Siao, chef de service clientèle. La prochaine facture EDT qui va commencer à être distribuée la semaine prochaine a été éditée avec les tarifs en vigueur avant le 1er mars 2016 pour la plus grande partie de la consommation passée, puisque le nouveau prix de l’électricité n’est appliqué qu’à compter de ce mardi.

A noter, le budget moyen journalier d’une famille polynésienne est passé avec les nouveaux tarifs en vigueur ce mardi de 300 à 270 Fcfp (le prix moyen du kWh étant désormais fixé à 33 Fcfp). Autre changement notable dans cette nouvelle tarification : il y a désormais 7 tranches différentes de tarifs contre 20 précédemment. Pour les particuliers, seules deux tranches existent : la tranche 1 de 0 à 240 kWh/ mois et la tranche 2 au-delà de 240 kWh/mois.

Électricité : une nouvelle ère commence en Polynésie ?

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Source:: Thaiti info