Assainissement : les dents vont grincer

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L’opération démarre : la mairie de Nouméa demande aux administrés de se raccorder, à leurs frais, au réseau collectif d’eaux usées. L’exécutif lance également une procédure judiciaire contre les particuliers irrespectueux des règles d’assainissement pour tenter de stopper les pollutions qui touchent les baies.

Dès que l’on parle de station d’épuration (Step), on évoque bien souvent la pollution de nos baies, de notre eau de baignade.  » Il n’en est rien ! Les stations d’épuration font aujourd’hui leur travail, Cook, Sainte-Marie et Montravel sont loin d’être à pleine charge, explique Magali Garnier, chef de la subdivision exploitation au service eau et assainissement de la mairie de Nouméa. Le problème des eaux usées, qui finissent après les fortes pluies dans les eaux pluviales, trouvent leurs origines dans un réseau trop ancien sur certaines zones, que nous revoyons en passant au séparatif (voir encadré), mais sur les baies, ce sont les raccordements des particuliers au réseau collectif qui sont la cause des pollutions. »

Les baies ciblées

Pour stopper les pollutions par les eaux usées des baies, Anse-Vata et Baie-des-Citrons particulièrement, la mairie a donc décidé de lancer une procédure d’expertise judiciaire.  » Nous allons ainsi déterminer qui est ou qui sont les responsables de ces pics de pollution. Nous ferons ensuite le nécessaire, voire juridiquement, pour que cela cesse enfin. Chacun, particulier ou commerçant, est responsable de ses propres déchets et il doit en assumer les conséquences », précise Françoise Suvé, chargée de l’environnement et du développement durable à la mairie de Nouméa.

Le raccordement obligatoire

Pour aller plus loin, conformément à son schéma directeur d’assainissement, si la mairie a réalisé sa part du marché en construisant les Step et continue de passer à un réseau séparatif adapté, il faut dorénavant que les particuliers se raccordent au réseau collectif. Un sujet impopulaire car il va falloir mettre la main au portefeuille.  » Le règlement d’assainissement a été validé en décembre. Les premiers courriers sont en train d’être envoyés à tous ceux qui doivent se raccorder obligatoirement dans les deux ans au réseau collectif public, indique Magali Garnier. Ce système permet de récupérer les eaux usées en shuntant la fosse septique, puis de les traiter dans une station d’épuration. Cela évitera tout débordement des eaux usées dans le réseau d’eaux pluviales. »

Préserver notre environnement et traiter ses propres déchets d’accord, mais là où les administrés vont tiquer, c’est sur le coût de l’opération : pour un raccordement, il faut compter entre 300 000 francs et un million selon le type d’habitation, l’environnement, etc. Hormis une déduction d’impôt, aucune aide de la mairie ou d’une autre institution ne vient épauler l’administré. Tout est à sa charge. Mais pour Françoise Suvé :  » Nous faisons notre maximum pour tenter d’en obtenir. Nous nous sommes rapprochés du gouvernement, nous allons tenter aussi les bailleurs de fonds et les fonds d’investissement. Certes, nous demandons un effort aux administrés mais il faut comprendre que l’assainissement est une priorité, pour notre environnement, pour notre avenir. »

Une première campagne d’information sur le raccordement et un site Internet spécifique seront mis en place prochainement. En attendant, la mairie met à disposition un numéro de téléphone au bureau de raccordement de la ville : le 27 07 61.

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L’assainissement

Il consiste à collecter puis à traiter avant rejet dans le milieu naturel
les eaux usées (eaux ménagères, toilettes…) et pluviales (eaux de pluie issue des toitures, du ruissellement sur les chaussées…). L’assainissement collectif suppose d’avoir un réseau urbain, unitaire ou séparatif, auquel les usagers se raccordent pour collecter les eaux usées. Le réseau unitaire collecte dans une même canalisation les eaux usées domestiques et les eaux pluviales, tandis que dans le réseau séparatif, il y a deux raccordements par habitation, un pour les eaux usées domestiques et le second pour les eaux pluviales.

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Le raccordement

Le Code de la santé publique précise que les usagers disposent de deux
ans après la mise en service du réseau public pour se raccorder directement sur le réseau d’eaux usées en déconnectant leur fosse septique ou leur fosse toutes eaux.
La Division exploitation voirie, eau et assainissement de la ville va donc rechercher les administrés pour lesquels le raccordement est possible et les inciter à se brancher sur le réseau séparatif (eaux usées/eaux pluviales). Les agents du bureau  » raccordement et permis de construire » se rendront chez les particuliers pour établir un diagnostic, les convaincre de faire appel à un plombier qui devra réaliser (à leurs frais, mais déductibles des impôts) les travaux nécessaires. Avant de repasser, pour une visite de contrôle de conformité. Le premier bassin d’alimentation concerné est celui de la nouvelle station James Cook, à laquelle les habitants du centre-ville puis de Nouville doivent se raccorder. Les autres suivront, tranche par tranche, en fonction de l’avancement du réseau séparatif.

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Combien ?

Le taux d’EH (équivalent-habitant) raccordé en 2016 à une STEP est de 34%. 69% des habitants de Nouméa sont raccordables désormais à une station d’épuration.

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Le schéma directeur d’assainissement

Établi sur vingt ans, le SDA fixe les travaux à effectuer pour faire face à l’accroissement de la population et passer définitivement à l’assainissement collectif. 93 km de réseaux d’eaux usées et 11 km de réseaux d’eaux pluviales remplaceront ainsi peu à peu l’ancien réseau unitaire, comme les derniers chantiers de réaménagement de l’avenue du Général de Gaulle et de la rue Auguste Brun. Le schéma prévoit la construction de trois nouvelles stations de traitement des eaux usées : James-Cook, au centre-ville (mise en service en décembre 2012), celles de la baie de Sainte-Marie (mise en service fin 2013) et de Ducos à l’horizon 2025. Sans oublier l’extension des stations de Tindu-Kaméré (2016) et, à plus long terme, de Yahoué. Ainsi, 95 % des Nouméens devraient être raccordés aux 8 stations communales en 2030, pour un investissement de 13,9 milliards, alors que la capacité de traitement (83 200 équivalent-habitant en 2015) devrait atteindre les 127 000 EH en 2022.

C. Schoenholtzer

Source:: DNC