Des garçons trop poilants

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Fez Fa’anana est le directeur artistique des Briefs, une troupe australienne de boylesque en tournée internationale. (photo Briefs Factory)

L’univers glamour et extravagant du burlesque n’est pas réservé aux femmes. Bien au contraire. Pour sa troisième édition, le Festival burlesque de Nouméa fait la part belle aux hommes, avec la venue de deux têtes d’affiche internationales, un numéro de boylesque 100 % calédonien et la présence des Gentlemen, une troupe de cabaret locale, composée uniquement de danseurs masculins.

Le Festival burlesque de Nouméa n’a pas froid aux yeux et ça lui réussit plutôt bien. Pour sa première edition, il y a deux ans, Carine et Guy Raguin, les organisateurs, avaient placé la barre très haut en invitant Captain Kidd, un illustre danseur de boylesque, la version masculine du burlesque.  » Je voulais tester le public calédonien et savoir jusqu’où l’on pouvait aller », confie Carine Raguin. Cette année, les organisateurs repoussent un peu plus loin les limites en proposant non seulement un  » numéro très irrévérencieux », interprété par Ursula Martinez (lire ci-dessous), mais en braquant également les projecteurs sur les hommes, dans un univers qui se veut pourtant très féminin.

Au cours des trois soirées de gala au Mont- Dore, on retrouvera donc Mark Winmill, alias Captain Kidd, élu roi du burlesque en 2011 à Las Vegas et acclamé lors des deux précédentes éditions nouméennes, mais aussi Fez Fa’anana, son compagnon dans la vie comme sur scène. L’an dernier, cet artiste australien originaire des îles Samoa avait conquis le public en improvisant un numéro hilarant avec la fermeture éclair de son jogging pour remplacer une artiste internationale qui n’avait pu monter sur scène.  » Ce sont nos chouchous », revendiquent les élèves de l’école Burlesque Nouméa, créée par Carine Raguin il y a quatre ans.

Installés à Brisbane, les deux  » boys » sont membres des Briefs (littéralement les  » Slips » en anglais), une troupe de boylesque totalement déjantée qui tourne actuellement à travers le monde. Composés de sept personnages hauts en couleur, les Briefs flirtent aussi bien avec l’univers du cirque que celui des drag- queens, en repoussant sans cesse les limites de la performance physique et les codes de la masculinité dans une avalanche de plumes, de coiffures excentriques et de faux cils.

Chacun campe un personnage

En Nouvelle-Calédonie, si la pratique du burlesque a explosé en quatre ans, elle se cantonne pour le moment à un public féminin. Mais les choses pourraient évoluer d’ici peu. Fait nouveau : les Gentlemen Dancers, la première troupe de cabaret composée uniquement d’hommes, a vu le jour l’an dernier à l’occasion de la première partie des Men Exclusive, sorte de  » Chippendales australiens ». Pas de strip- tease bodybuildé pour les quatre garçons, encore moins de tenues extravagantes façon drag-queen mais un registre mêlant danse et humour.  » Grâce à Carine, nous allons vers des registres nouveaux, comme danser avec un chapeau et des chaises. Nous arrivons à sortir un personnage de nous-mêmes », relate Enzo, qui s’est formé durant deux ans aux claquettes, au théâtre, à la salsa et au chant à Melbourne.

Grand, trapu ou gringalet, danseur classique, breakdanceur ou spécialiste du dancehall… Chaque garçon apporte sa touche de personnalité à cette jeune troupe de cabaret. Dans leurs trois numéros, les Gentlemen oseront quelques petites excentricités que le public du Mont-Dore découvrira ce week- end. Mais de là à porter un string…  » C’est encore trop tôt, répond l’un d’entre eux. Je suis professeur. Ça ne collerait pas avec mes élèves. »

Plus proches du registre cabaret, les quatre Gentlemen calédoniens interpréteront un  » French cancan » qui décoiffe. (photo : Coralie Cochin).

Solo d’effeuillage sur Elvis

Parmi les maris des danseuses de burlesque pourtant, une poignée d’hommes ne demande qu’à franchir le pas.  » Ça fait deux ans qu’ils me tannent pour que je lance un concours de boylesque, sourit Carine Raguin. Ils ont une vraie envie de s’amuser. Ils n’ont pas honte de leurs corps ». Cette année, chiche ! Vincent, père de quatre enfants et gérant d’une société d’événementiels, proposera un solo sur Umbrella -version Elvis Presley- le soir de l’élection de Miss Burlesque.  » Je n’ai jamais dansé sur scène, ce sera la première fois. » Un gros challenge pour ce quadragénaire plutôt discret, rebaptisé Mr Devil, et dont la vie a radicalement changé il y a trois ans. Suite à une sleeve*, Vincent a perdu 65 kilos.  » Pour moi, c’est une revanche sur la vie. Même si cela reste un combat de tous les jours. » S’effeuiller avec humour devant un public calédonien, peu habitué au boylesque, s’inscrit dans ce combat personnel.  » J’aime les sensations fortes et je ne trouve pas ça vulgaire. Ce défi me fait aller de l’avant. » Et sa femme dans tout ça ?  » Elle est morte de rire et elle est fière, je crois. C’est vrai que je n’ai pas les tablettes de chocolat mais c’est un strip-tease rigolo. Je ne suis vraiment pas quelqu’un qui se prend au sérieux. »

Coralie Cochin

*Une opération visant à réduire la taille de l’estomac.

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The programme, please !

L’élection de Miss Burlesque 2016

Les artistes locales se disputeront ce titre très convoité qui leur permettra de participer au Festival international australien mais aussi de partir avec la troupe à Las Vegas puisqu’un billet d’avion sera offert à la gagnante.

Jeudi 21 avril, à 21 h, à la salle Venezia du Nouvata Parc Hôtel : 5 500 F le tarif normal (comprenant une assiette de tapas et un verre de bienvenue) et 8 500 F le tarif VIP (place privilégiée, une assiette de tapas et deux coupes de champagne).

Soirées de gala

Les artistes internationaux les plus prisés du moment partageront la scène avec les danseuses et danseurs de Nouvelle-Calédonie.

Vendredi 22 et samedi 23 juin à 20 h, et dimanche 24 avril à 18 h, au centre culturel du Mont-Dore : 4 500 F le tarif normal et 5 500 F le tarif VIP.

Billets en vente sur www.tickets.nc ou par téléphone au 84 31 43, à l’As de trèfle à Magenta et à l’hôtel Le Centre à Ducos. Informations sur www.burlesquenoumea.com À noter que le festival est interdit aux moins de 16 ans !

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Les guest stars

Trixie Little, une reine féministe

Championne en titre du Burlesque Hall of Fame de Las Vegas, Trixie Little est aussi surnommée  » la Reine du rien à f… », de par son style rebelle et décalé. Depuis dix ans, elle incarne avec humour la force et la fragilité de l’être humain dans un registre qui mélange cabaret et arts du cirque. En octobre 2015, la belle Américaine a séduit les téléspectateurs français dans l’émission La France a un incroyable talent !, grâce à son duo improbable et audacieux avec Evil Monkey, un homme déguisé en singe… Et affublé d’un string!

Ursula Martinez, la magicienne de l’effeuillage

Avec Ursula Martinez, les tours de magie prennent une tournure inhabituelle. En 2006, elle présente au festival montréalais Juste pour rire  » Hanky Panky », un numéro de prestidigitation particulièrement dépouillé, dont les vidéos feront le tour du monde. Ce sketch très osé est à l’image de l’artiste britannique : drôle et terriblement culottée.

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Un ticket pour Vegas

Danser au Burlesque Hall of Fame de Las Vegas quand on est performeuse, c’est comme gravir l’Everest quand on est grimpeur. C’est le Graal absolu. Ce défi un peu fou, la troupe Burlesque Nouméa n’aurait jamais osé le relever sans l’insistance des deux boylesques, Captain Kidd et Fez, et Lada Redstar, tête d’affiche du festival de Nouméa l’an dernier.  » En coulisses, ils étaient pliés de rire en voyant notre numéro Gym Tonic. Ce sont eux qui nous ont poussées à envoyer une vidéo au jury », précise Carine Raguin.

Bingo ! Les Américains sont tombés sous le charme de ces  » Frenchies » en tenue fluo qui s’épuisent au rythme de Too Too Yoo Too. Fin mai, les sept danseuses de la troupe et leurs deux ravissantes soubrettes s’envoleront en direction de Vegas défendre les couleurs de la Nouvelle-Calédonie dans la catégorie amateur. Avec l’espoir que cette parodie hilarante de Véronique et Davina, très éloignée des codes du  » classic burlesque », fasse une nouvelle fois mouche auprès du jury. Claudia, alias Coco Pearl, prétendra également à la couronne de Miss Burlesque  » best debute ». Dans leurs valises, les danseuses n’emporteront pas seulement leurs justaucorps et leurs jambières mais emmèneront aussi maris, enfants et parents pour certaines. Une aventure humaine incroyable pour cette petite troupe du Pacifique, née il y a trois sans seulement.
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Au Mont-Dore, la troupe Burlesque Nouméa présentera de nouveaux numéros, ainsi que son célèbre Gym Tonic, qui lui a valu d’être sélectionnée pour Vegas.

Source:: DNC