La marchandisation du plasma inquiète l’Etablissement français du sang

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Cette journée de mardi 14 juin 2016 sera déterminante pour l’EFS Réunion. A cette occasion les sites fixes EFS du CHU Bellepierre et de St Pierre au 58 rue Suffren seront exceptionnellement fermés. Ainsi, toutes les équipes de prélèvements seront mobilisées à la NORDEV : 4 secrétaires, 5 médecins, 9 infirmiers, 3 agents de collation et près d’une quinzaine de bénévoles vous attendent pour faire de cette collecte symbolique et festive, une réussite. Objectif : remercier les donneurs et en trouver de nouveau.

Objectif : 400 poches sur une journée

Après un mois de mai difficile, notamment à cause de la grippe, de la dengue et des vacances, « l’idée est de récolter l’équivalent de dix collectes, soit 400 pochesn sur une journée, pour retourner à un niveau de stock sécuritaire »chiffre Nathalie Grondin, responsable communication de l’EFS. Actuellement, l’EFS dispose de 9 à 10 jours de stocks alors qu’il faudrait revenir à 12 jours. Pour faire face à la demande, « l’idéal, ce serait que 7000 personnes de plus se mobilisent chaque année, pour permettre à notre fichier de se renouveler », poursuit Nathalie Grondin.

A La Réunion, 10 000 malades sont soignés chaque année grâce aux dons de sang, grâce à 17 523 donneurs qui ont réalisé près de 29 000 dons, de sang total, plasma et plaquettes en 2015. « Le sang sert par exemple en cas d’hémoragies ou pour les personnes atteintes de leucémie. Il faut savoir qu’après un accouchement difficile, une femme peut consommer 10 à 17 poches à elle seule. Cela veut dire que 10 à 17 personnes ont donné leur sang pour la sauver. Autre exemple, un leucémique peut consommer jusqu’à 300 poches sur une année de traitement », détaille Nathalie Grondin. Pour que les réserves soient reconstituées régulièrement, il est essentiel que les donneurs se mobilisent tout au long de l’année, car les produits sanguins ont une durée de vie courte : 42 jours pour les globules rouges et 5 jours pour les plaquettes.

Promouvoir le don bénévole alors que le plasma devient un produit « concurrentiel »

A l’occasion de cette journée de promotion du don bénévole, l’EFS va donc récolter toutes les composantes du sang : globules rouges, plaquettes et plasma. Depuis quelques années, le plasma, la partie liquide du sang qui contient des protéines d’un intérêt thérapeutique majeur, est d’ailleurs au coeur d’une bataille juridique et commerciale, qui a poussé l’EFS a changer ses méthodes de prélèvement. « Auparavant, le plasma était prélevé par « aphérèse », une méthode qui était longue et coûteuse, détaille Hervé Renard, directeur de l’Etablissement français du sang de La Réunion. Dorénavant, le plasma pourra être récupéré lors du don de sang total. Concrètement, avec un don de sang total, on va pouvoir avoir des globules rouges, du plasma et des plaquettes ». Ces changements arrivent à l’occasion de l’ouverture à la concurrence du « marché » du plasma.

En effet, le Conseil d’État, après consultation de la Cour de justice de l’Union européenne, a donné raison en juillet 20014 à la firme suisse Octapharma en décidant que le plasma SD était un médicament et non pas un produit sanguin labile. Une décision qui implique que sa commercialisation doit être ouverte aux règles du libre marché, et qui met fin au monopole de l’Établissement français du sang (EFS).

« La loi a changé à cause de l’Europe, la France a toujours défendu le bénévolat, l’anonymat, regrette Hervé Renard. Cela m’inquiète en tant que médecin même si les firmes pharmaceutiques nous assurent qu’elles vont suivre les valeurs éthiques et les règles de sécurité. C’est le début de la marchandisation du corps humain, et cela commence par le fait de vendre une partie de son sang. Evidemment, ce ne seront pas les plus riches qui le vendront. Dans certains pays, des gens vendent leur plasma tous les trois jours, alors que normalement, c’est tous les 15 jours voire tous les mois », au péril de leur vie.

Pour le président de l’EFS, le problème pourrait d’ailleurs venir des donneurs eux-mêmes. Ainsi, quand un bénévole vient donner son sang en France, il répond à un interrogatoire très strict, et un médecin déterminera s’il peut donner son sang ou non. « Si j’ai pris un risque, je vais le dire car je n’ai aucun intérêt à mentir, illustre Hervé Renard. En revanche, si je sais que je suis rémunéré 50 euros si je donne et que je ne gagne rien si je ne donne pas, je cacherai mon facteur de risque. Et le problème, c’est qu’il faut 10 jours pour avoir des virus qui « poussent » dans le sang, donc si le donneur ment parce qu’il y a un intérêt financier, même si des tests sont effectués, ils seront « normaux ».

Pour pouvoir donner son sang…

Il faut avoir entre 18 et 70 ans, peser plus de 50 kg, être en bonne santé, et avoir mangé et bu avant de venir. Se munir d’une pièce d’identité pour un premier donConcrètement, le don du sang dure 45 minutes, dont moins de 10 minutes pour le prélèvement.

www.ipreunion.com

Source:: IP reunion