Errance animale : des causes mieux cernées à la Réunion

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En juin 2018, les résultats de l’étude mandatée par la préfecture dans le cadre du plan de lutte contre l’errance animale ont été transmis aux intercommunalités, à la DAAF, à la préfecture et au GEVEC. Les associations de protection animale ont été pour leur part conviées récemment à une restitution. L’occasion de faire le point avec l’association REVEZ (REunion Viv Ensamb ek Zanimo), ex CRAPA, sur les principaux enseignements de l’étude.

73 000 chiens « dans la nature » voilà l’estimation faite pour La Réunion, chiffre vraisemblablement en-dessous de la réalité. Premier enseignement confirmant les observations des associations, 41,3% seraient des chiens divagants, donc, selon le sens donné, dotés de propriétaires. Second enseignement, en l’absence de stérilisation de grande ampleur, ce sont 56 000 chiots à naître par an. Du fait de la porosité entre les 2 populations canines, celle errante et celle divagante, ce sont autant de chiots appelés à grossir les rangs de la population errante. La reproduction « spontanée » des animaux ayant des propriétaires aggrave ainsi considérablement le phénomène de l’errance animale. De quoi plaider une fois de plus en faveur de la stérilisation, encore mal comprise.
Entre anthropomorphisme et méconnaissance du comportement animal, certains clichés ont toujours la peau dure : « l’animal a besoin de se reproduire », « la stérilisation est une mutilation, une manière inhumaine de contrôler la nature de l’animal » en sont les plus connus. Or, si l’on se place du point de vue du chien, pour ne parler que de lui, ce dernier est en grande partie guidé par son instinct -reproducteur notamment-, ses hormones et son odorat pouvant, au pic de l’activité sexuelle d’une chienne, le conduire à parcourir des kilomètres ! Le même se fiche en outre pas mal du « statut social » de ses futures partenaires, vivant dans la rue ou ailleurs… l’animal n’a donc aucun contrôle sur sa fertilité. Pas plus qu’il n’éprouve le besoin d’enfanter. Ainsi au gré des fugues, compliquées par les vents marins qui perturbent le flair, bon nombre de chiens domestiques ne retrouvent pas forcément leur domicile et viennent à leur tour grossir les rangs de leurs congénères errants.

Non stérilisation, divagation mais aussi abandons expliquent la situation actuelle : 210 000 estimés entre 2000 et 2018. 33.4% des chiots sont principalement donnés, le plus souvent sans avoir été stérilisés, vaccinés et identifiés, comme la loi l’oblige. Parmi eux, certains seront abandonnés, d’autres se retrouveront dans une des nombreuses « usines à chiots » de particuliers qui utilisent notamment les réseaux sociaux pour diffuser des annonces de vente totalement illégales. Lesquelles mettent leurs auteurs en position de trafiquants d’animaux domestiques. Depuis 1 an, REVEZ s’est donnée pour mission de traquer le phénomène et le constat est implacable : pas moins de 55 groupes Facebook diffusent en permanence sur notre île des annonces de vente dans le non respect de la loi, alors même que l’ordonnance N° 2015/1243 du 7 octobre 2015 a renforcé l’obligation de déclaration d’activité à la chambre d’agriculture et à la Préfecture comme celle de détention de titres professionnels et certificats de capacité. Ainsi, en cas de non-respect des critères, les sanctions vont de 750€ (non-respect des mentions obligatoires dans l’annonce) à 7500€ pour non détention de titre professionnel et défaut d’immatriculation, voire 3 ans de prison et 45 000€ d’amende pour usage de faux du numéro SIREN exigé par les textes. Pourtant, ce sont parfois de jeunes mineurs qui ont été pris en pleine vente de chiots, histoire de se faire un peu d’argent. Des plaintes pour vol et recel ont été déposées, mais les tribunaux peinent à faire appliquer les lois. La gendarmerie, pour sa part, détient les coordonnées desdits groupes Facebook. Quant aux acteurs institutionnels comme les intercommunalités, ils sont bien conscients que le phénomène « d’élevage marron » est une des causes majeures de l’errance.

Don, abandon et trafic alimentent ainsi à leur tour le phénomène de l’errance. Le tableau reste sombre : propriétaires hésitant à profiter des campagnes de stérilisation, témoignages de ceux décidés évoquant de trop longs délais d’attente dans le traitement des demandes, abandons et ventes illicites ne permettent pas encore d’enclencher la spirale vertueuse du contrôle de l’errance animale. Or avec un ratio proche de celui des Philippines, soit 1 animal pour 3,88 habitants et 73 000 chiens « dans la nature », qui peut encore croire qu’il n’y a pas de risque notamment sanitaire ? Il suffirait d’un cas de rage importé par exemple de Madagascar, où elle sévit, pour que la situation dégénère totalement…

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