Journée internationale contre l’Homophobie et la Transphobie : des chiffres affolants

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Selon le sondage mené par l’IFOP sur les communautés LGBT de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais, 55% des LGBT ont déjà été agressés au cours de leur vie.

La Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais, dont la mission est de lutter contre la violence et l’intimidation, dévoile les résultats d’un sondage, mené par l’IFOP (Institut français d’opinion publique), en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et la DILCRAH (Délégation interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémisme et la Haine anti-LGBT), qui dresse un portrait alarmant des réalités vécues par les communautés LGBT représentant 8,9% de la population française. En effet, 55% d’entre elles ont déjà été victimes d’agressions et 35% de discrimination, ce qui a des conséquences sur leur qualité de vie et leur santé mentale.. Ils sont en effet 38% à avoir été victimes d’insultes et de moqueries, 21% de vols et de dégradation ou destructions de biens personnels, 22% ont été victimes d’actes de violence physique, 22% d’attouchements sexuels voire de viol avec pénétration (13%).
Dans 78% des cas d’agressions physiques, les victimes rapportent que l’agresseur était un homme.
Chez les lesbiennes, l’agresseur était un homme dans 56% des cas.
Dans 75% des cas, les victimes ont aussi indiqué que leur agresseur avait moins de 30 ans.

A la Réunion, l’association Le Refuge a réalisé une première étude et les chiffres sont tout aussi alarmants. Sur 54 hommes homosexuels et 203 collégiens et lycéens interrogés :

  • 63% déclarent avoir été victimes d’homophobie;
  • 47% étaient des violences verbales (les gestes homophobes à la Réunion sont principalement des insultes, et rarement des coups)
  • 29% sont des victimes de rejet ou d’exclusion

Selon les résultats du sondage de l’IFOP, certains environnements sont plus hostiles pour les membres de la communauté LGBT tels que :

  • la rue (25% des répondants ont déclaré s’y être fait insulter ou menacer et 16% s’y sont fait agresser physiquement),
  • les établissements scolaires (20% des répondants ont déclaré s’y être fait insulter ou menacer et 13% s’y sont fait agresser physiquement),
  • les transports en commun (16% des répondants ont déclaré s’y être fait insulter ou menacer et 12% s’y sont fait agresser physiquement),
  • sur le lieu de travail (16% des répondants ont déclaré s’y être fait insulter ou menacer et 11% s’y sont fait agresser physiquement).

« Les résultats de ce sondage sont nécessaires pour nourrir la réflexion d’organismes et des différents paliers de gouvernement en vue d’établir des plans d’actions concertés visant à mieux répondre aux besoins des communautés LGBT et à bâtir des milieux plus positifs, bienveillants et favorables à une meilleure intégration en milieux scolaire et en société, explique Jasmin Roy, président de la Fondation. En France, 55% des LGBT interrogés ont déjà été agressés verbalement ou physiquement au courant de leur vie. La situation est critique et il est important pour les victimes de se sentir soutenues et de les encourager à dénoncer leurs agresseurs. »
D’ailleurs, si 54% des victimes d’agression ont parlé de la situation à un proche, seules 20% ont officiellement déposé un plainte afin de poursuivre l’auteur des faits et 27% ont signalé l’événement à la police sans toutefois porter plainte. De même, seules 19% des victimes se sont confiées à une association d’aide aux victimes comme SOS Homophobie. Le Refuge ou OriZon sont également disponibles pour l’accompagnement des personnes à la Réunion. Une conférence est d’ailleurs organisée cet après-midi à 17h30 sur le Campus du Moufia (Amphithéatre Option) par la chercheuse Pamela Quiroga (Docteure en géographie sociale et anciennement déléguée régionale de l’association Le Refuge).

Cacher sa différence pour éviter les violences et la discrimination

La différence liée à l’identité de genre et l’orientation sexuelle est encore stigmatisée puisque 35% des répondants LGBT déclarent avoir ressenti de la discrimination en lien avec cette différence. Ce sentiment est notamment plus présent chez les 18-35 ans (42%) et chez les minorités visibles (44% contre 35% chez leurs concitoyens).
Ces manifestations de discrimination et de violences ont des répercussions réelles dans la vie des personnes qui en ont été victimes. Par exemple, les répondants ont affirmé avoir évité certains comportements comme embrasser (63%) ou tenir la main (62%) d’un partenaire de même sexe en public, et ce, au moins une fois au cours de leur vie.
De même, 37% des répondants disent avoir déjà évité de se rendre dans certaines zones où ils ne se sentaient pas en sécurité, alors que 33% d’entre eux ont affirmé avoir évité de partir ou rentrer chez eux seuls. Les stratégies d’évitement sont donc des moyens utilisés par les membres de la communauté LGBT – au moins 68% d’entre eux ont déjà adopté au moins un comportement d’évitement au cours de sa vie – pour échapper à des situations indésirables.
En raison de la discrimination ou du sentiment d’oppression que vivent les communautés LGBT, 16% d’entre eux souhaiteraient changer de ville pour pouvoir vivre dans un environnement qui respecte davantage leur différence. On constate la même chose chez 15% des lycéens ou étudiants, qui souhaiteraient changer d’établissement scolaire.

Les communautés LGBT en proie au désarroi et à l’isolement, parfois même au sein de leurs familles

Désarroi, solitude, isolement et découragement en lien avec l’orientation sexuelle sont le lot des personnes de la communauté LGBT. En effet, 63% d’entre elles affirment avoir déjà ressenti ces sentiments. Chez les homosexuels, cette proportion s’élève à 76%. Nous remarquons également une prévalence marquée de cette réalité parmi les moins de 35 ans chez qui cette proportion est de 70% et chez les personnes en couple avec une personne du même sexe qui vivent ces émotions dans une proportion de 82%.
Les pensées suicidaires et les tentatives de suicide font aussi partie des conséquences psychologiques de la LGBTphobie et de la discrimination. Au cours des 12 derniers mois, 23% des répondants ont pensé à se suicider contre 5% dans la population française en général. Parmi eux, 60% avaient fait l’objet d’au moins une agression physique l’année précédente. Chez les moins de 35 ans, la proportion ayant eu des pensées suicidaires dans la dernière année est de 33%. De plus, 24% ont indiqué avoir fait une tentative de suicide au cours de leur vie, contre 7% dans la population générale en France.

A la Réunion, 51% des personnes interrogées ne vivent pas leur homosexualité au sein de leur communauté religieuse. Parmi eux, 58% ont d’ailleurs été victimes d’homophobie.
De plus, 36% des personnes interrogées parlent difficilement de leur orientation sexuelle avec leur famille, et 29% n’en parlent même jamais.

Un tabou qu’il faut briser

Pamela Quiroga explique : « il y a exclusion souvent familiale car le tabou est intra familial. On n’en parle pas. »
De son coté, Benjamin Alboucq délégué régional du Refuge, insiste : « le tabou est tellement important au sein de la famille qu’on doit faire sauter les verrous. Le signe positif, on le constate sur le nombre croissant de demandes d’intervention chez les scolaires ou auprès des parents lors des cafés-parents ».

 

LEXIQUE

Hétérosexuel : une personne attirée sexuellement par une personne de sexe opposé
Homosexuel : une personne attirée sexuellement par une personne du même sexe
Bisexuel : une personne attirée sexuellement par les hommes et les femmes
Pansexuel : une personne attirée sexuellement ou sentimentalement par une autre personne sans considération de son sexe
Asexuel : une personne qui ne considère pas les relations sexuelles comme importantes et peut s’en passer sans jamais en ressentir le besoin
Transgenre : une personne dont le genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance
Binaire : limite l’identité de genre au masculin et au féminin
Non-binaire : hors de la binarité homme-femme

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