Le Dr Ansuldine Attoumane mort et enterré dans une indifférence quasi totale

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C’est la triste et émouvante histoire d’un médecin chirurgien Comorien qui n’était âgé que de 42 ans lorsqu’il a perdu la vie. Un médecin Anjouanais basé aux Comores, qui est décédé dans une indifférence quasi totale, le 12 mai dernier, au CHU de La Réunion, où il avait effectué une partie de sa formation professionnelle, plus précisément en travaillant sur la thématique des Urgences.

Aujourd’hui une association de femmes citoyennes de La Réunionnais composée entre autres de l’élue régionale Faouzia Vitry, de Faouzia Mroivilli, souhaite lui rendre hommage. Hommage au médecin, au travail qu’il a effectué durant ces dernières années dans son pays pour sauver des vies humaines avant de disparaître, en mai dernier, victime d’un dramatique accident alors qu’il rentrait chez lui, après le boulot. Il était sur sa moto et il fut écrasé par un arbre qui a chuté lors du dévastateur cyclone Kenneth.

Grièvement blessé, le Dr Ansuldine fut alors transféré vers Mayotte avant d’être transporté à La Réunion, au CHU du Nord où il décèdera le dimanche 12 mai, laissant ainsi derrière lui son épouse et leurs deux enfants, deux petites filles âgées de 3 ans et de 6 mois. Lesquelles sont restées à Mayotte et ne l’ont plus jamais revu depuis son transfert sanitaire en mai dernier.

Le Dr Ansuldine Attoumane a été enterré à Saint-Denis dans l’indifférence, sans la présence de son épouse. Raison pour laquelle, les « femmes citoyennes » souhaitent rendre hommage à ce médecin. Depuis plusieurs semaines, grâce à une petite collecte, les « femmes citoyennes » ont entrepris toutes les démarches administratives nécessaires (demande de visa auprès de l’ambassade de France aux Comores) afin de faire venir à La Réunion, Mme Haidat Said Ali, l’épouse du Dr Ansuldine pour que cette dernière puisse aller se recueillir sur la tombe de son mari. Une tombe entretenue aujourd’hui grâce aux seuls moyens de quelques bénévoles dont Mme Mroivilli. Laquelle est partie acheter les matériaux nécessaires dans une quincaillerie de Sainte-Marie afin de rendre plus « présentable » la tombe du Dr Ansuldine, « qui ne méritait pas au vu de son engagement pour les autres une disparition dans le plus grand des anonymats », explique Faouzia Mroivilli.

Mme Haidat Said Ali débarque en début d’après-midi à La Réunion. Les « femmes citoyennes » seront à l’aéroport pour l’accueillir, avant de se rendre au cimetière où devrait être lu, en guise d’hommage, l’introduction du Mémoire que le Dr Ansuldine avait soutenu à La Réunion en 2018 pour l’obtention de son diplôme en médecine des urgences. Un mémoire est intitulé : « Refus de soins et évasion des malades en situation d’urgence au centre hospitalier régional insulaire de Hombo (ile d’Anjouan, Union des Comores).

« Il était le premier chef du service des Urgences… »

A travers une rapide biographie, ses collègues des Comores ont également souhaité lui rendre hommage suite à l’action initiée par les femmes citoyennes. « Il vient certes de milieu modeste. Il est le premier médecin du village de Chandra à Anjouan. Le premier Chef de Service du Service des Urgences de l’Hôpital de l’Amitié Comoro Chinoise de Bamabo Mtsanga qui a ouvert ses portes en 2017.

A la mosquée de l’hôpital de Hombo , il laisse le souvenir d’un médecin qui ne ratait pas ses prières, qui lisait le coran avec une mélodie rare. Il parcourait tous les jours , en moto, 42 km de routes partant de chez lui à Bimbini pour se rendre à son travail à Bambao Mtsanga et ce , jusqu’au jour fatidique de son accident. Et quelle route ? Les montagnes, les cirques, les nids-de-poules… Il était membre fondateur de l’Association de lutte contre le diabète, NARIENSHI. Depuis étudiant en médecine à la Faculté de Médecine de Tananarivo, il avait un penchant pour la diabétologie.

Le Docteur Ansuldine avait un destin avec cette île de la Réunion où il repose en matière de diabétologie il travailla avec le Docteur Xavier Debussche du CHU de Saint Denis et le Docteur Nathalie Le Moullec de Saint Pierre. Il était  à ce titre le seul référent en matière de diabète dans l’île d’Anjouan.  Ce destin avec l’ile de la Réunion, nous la retrouvons dans sa formation pour la médecine des Urgences. Il fut formé à la Réunion avec comme formateurs les Docteurs Barbara MULLER, Jeanne PICART, Arnaud BOURDE, le Professeur Xavier COMBES .

Enfin, le rêve Dr Ansuldine était de mettre en place des protocoles de prise en charge des urgences dans les hôpitaux aux Comores. Il était plein dans ce travail et il avait dejà accouché d’un premier jet de ce protocole, nous lançons un appel à tous ceux qui peuvent aider pour la finalisation de ce travail, pour sa publication sous forme de bouquin mais aussi sous forme de planches affichables dans les Services ».

L’hommage du Dr Anssouffouddine : “il était pour nous une raison d’espérer…”

Un autre médecin exerçant aux Comores a tenu à rendre lui aussi un hommage au Dr Ansuldine : « l’émotion me noue encore la gorge. Même si des mots peuvent encore s’échapper, de quoi sont-ils capables d’exprimer ?
J’avais voulu par pudeur préserver l’intimité de notre parcours médical commun, mais en voyant les hommages des uns et des autres, je ne peux ne pas y joindre ma voix. Ce serait injuste de ma part car le regretté, je l’ai connu tout jeune étudiant en médecine ( à Madagascar) . Je l’avais accueilli comme interne dans mon Service à Hombo, et tout en mesurant mes mots aujourd’hui, j’avoue avoir été ébloui à l’époque par sa connaissance et son exigence de la sémiologie. D’ailleurs, quelques années après , à son retour en tant que médecin , il choisit de travailler dans mon Service ( il y resta 8 ans) .

Docteur Ansuldine était pour nous qui étions à ses côtés, une raison d’espérer, un motif de persévérer et de ne pas baisser les bras .
Car en le voyant dans la compétition effrénée de nos égos, incarner , égal à lui-même d’autres valeurs fondées sur l’empathie, l’écoute du malade, le souci permanent de la vertu, la soif de la connaissance médicale ; en le voyant ainsi il nous rappelait que nous autres médecins ne sommes que des humains qui avons choisi d’être au service d’autres humains. D’autres humains, pas en tant qu’objet à la merci de notre machinerie médicale , mais plutôt en tant qu’êtres vulnérables, divers, et complexes.

Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre c’est de faire nôtres ces leçons d’humanisme que nous lègue ce « médecin profond ».
Enfin et je pense que c’est la meilleure façon de perpétuer sa mémoire, il travaillait sur des Protocoles de prise en charge des urgences qu’il espérait dans un premier temps mettre au service de l’Hôpital de l’Amitié Comoro-Chinoise où il travaillait, et peut-être à terme au service des services des urgences aux Comores. Il m’avait remis le premier jet de ce travail dont je me sens dépositaire. Je vous le partage dans ce forum et demande à tous ceux qui peuvent se joindre à moi pour participer à la finalisation de ces protocoles, de me faire signe. C’est une meilleure façon de perpétuer sa mémoire.
Puisse en ce mois béni de Ramadan, Dieu l’accueillir à son paradis Firdaws ».

Yves Mont-Rouge

(montrougeyves@gmail.com)