Victoire de la gauche à la législative partielle de l’Ouest : la droite divisée a besoin de se réinventer

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A moins d’être de mauvaise foi, d’avoir les yeux bouchés, de croire au miracle ou d’être complètement à côté de la plaque, de ne rien connaître en politique, personne, au soir du 1er tour de la législative partielle de dimanche dernier, 20 septembre, ne pouvait parier un seul kopeck sur une victoire d’Audrey Fontaine, la candidate de la droite.

Cette droite qui n’a pas encore totalement tout perdu car il lui reste encore ses yeux… pour pleurer ! Une droite qui ne devrait s’en vouloir qu’à elle même.

Certes, l’abstention a été très forte dès le 1er tour (+ de 84%), mais l’affaire était déjà pliée au regard des scores réalisés par les deux candidates, à savoir 52,15% pour Karine Lebon, estampillée « union de la gauche » et 15,83% pour Audrey Fontaine étiquetée droite « unie ».

Les guillemets s’imposent en effet quant on sait que depuis 2017, depuis que la plateforme a volé en éclats suite à l’élection de Cyrille Melchior à la présidence du Département, depuis que Didier Robert et Michel Fontaine se regardent en chiens de faïence, on peut dire que la droite locale est unie un peu comme les cinq doigts de la main d’un… manchot. Et que l’union de façade affichée par des leaders de cette même droite qui ne se parlent plus depuis belle lurette n’a pas dupé grand-monde.

Les résultats de ce second tour de la législative partielle, comme nous l’écrivions dès le soir du 1er tour, étaient évidemment prévisibles. L’on savait que la participation n’allait pas gagner plus de 4 à 5 points par rapport au 20 septembre dernier (15, 5% contre 18,88%) et que, comme mentionné dans l’édito de vendredi dernier, « les carottes étaient déjà cuites pour Audrey Fontaine.

Les électeurs ont boudé les urnes pour plusieurs raisons : la première, parce qu’ils n’avaient rien à cirer d’une élection (partielle) qui n’influe guère sur leur vie quotidienne (pas comme les municipales et la présidentielle). Déjà, lors des « vraies » législatives de 2017, le taux de participation du 1er tour avait été de quasiment 68% au 1er tour et de 70% au second tour. Huguette Bello avait remporté l’élection avec 73,59% des suffrages contre 26,49% à Cyrille Melchior.

La deuxième raison est d’ordre sanitaire et a pour nom la Covid. Fallait-il vraiment organiser ce scrutin à l’heure où le gouvernement interdit les rassemblements de plus de 30 personnes aussi bien dans les espaces publics que privés ?

On peut donc dire en effet que la grande gagnante de cette partielle dans l’Ouest est l’abstention dans le sens où son taux interpelle à plus d’un titre.

Mais cela n’enlève en rien à large victoire de Karine Lebon, la candidate de la gauche unie (PLR-PS-PCR-LFI), qui marche dans les pas d’Huguette Bello, son mentor. Un jour qui sera à marquer d’une pierre blanche pour la professeure des écoles de 35 ans et secrétaire générale de l’UFR (Union des femmes de la Réunion) choisie par PLR pour succéder à Huguette Bello, qui avait régné en maître sur cette circonscription durant 23 ans (1997-2020) en gagnant consécutivement toutes les législatives. Cette victoire de la gauche unie, malgré une participation qui laisse à désirer, vient, juste après le succès des dernières municipales à Saint-Paul, au Port, et ailleurs, dans d’autres communes, conforter « les forces du progrès » dans la perspective des prochaines échéances et notamment des départementales et des régionales. Mais encore faudra-t-il que les têtes de liste potentielles (Huguette Bello, Olivier Hoarau, Ericka Bareigts…) aux régionales parviennent à se mettre d’accord entre eux sur le nom du (ou de la) capitaine. Ce n’est pas encore fait. Ça reste une formalité.

Un problème d’égo et de personnes

La tâche s’annonce en revanche beaucoup plus ardue à droite en vue des mêmes scrutins à venir. Car, contrairement à la gauche et, en dépit de ce que certains de ses leaders veulent bien faire croire, la droite n’est plus unie depuis 3 ans, depuis l’éclatement de la plateforme. Ses leaders sont vieillissants, usés, fatigués. Sans compter que certains d’entre eux ont perdu les dernières municipales (Saint-Paul, Saint-André, Bras-Panon, Plaine-des-Palmistes…). Ces derniers se sont retrouvés face à des candidats issus de leur propre camp ou « pilotés » par d’autres ténors de droite.

Parce que, au cas où vous n’auriez pas fait attention, les élus de droite se tirent souvent dans les pattes entre eux. A l’instar de Saint-Paul, le maire sortant Joseph Sinimalé a dû affronter une bonne flopée de ses adjoints qui voulaient tous être Calife à la place du Calife. Résultat des courses, le bateau a carrément coulé. C’est cette droite à l’agonie que la méritante Audrey Fontaine a essayé de ressusciter. En vain. Le mal a déjà fait trop de dégâts de l’intérieur. La droite réunionnaise a besoin non pas d’un calmant mais d’un remède de cheval pour tenter de se remettre sur pied car il y a péril en la demeure surtout à 7 mois des départementales et des régionales. Elle doit impérativement crever l’abcès des contentieux passés. Elle a besoin de se réinventer, de partir sur de nouvelles bases, de trouver ce fameux « espace de convergence » que Michel Fontaine, le patron de « LR », appelle de ses vœux. Si la droite n’entreprend pas ce travail de reconstruction, si certains de ses ténors, notamment celui du Sud et celui du Nord, ne mettent pas leur égo (ou orgueil) de côté, cette droite réunionnaise ira tout droit au casse-pipe en se faisant bouffer par une gauche manifestement de plus en plus conquérante, à l’image de la législative partielle dans la deuxième circonscription, hier, où Karine Lebon a terminé en tête avec 71,96% des suffrages contre 28,04% à Audrey Fontaine. La dynamique est incontestablement dans le camp de la gauche, d’autant que cette partielle n’intervenait qu’à deux mois seulement des municipales dans une circonscription tenue par PLR. Mais il est bien connu que la politique est aussi devenue une affaire de mode, que les électeurs sont relativement versatiles et qu’une élection en chasse l’autre ! En politique, rien n’est jamais figé !

Y.M.

(montrougeyves@gmail.com)