Les feux de brûlis, un fléau incontrôlable dans le 101ème département

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08h54 :

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Si les pressions anthropiques sont autant de menaces pour la biodiversité et le patrimoine naturel exceptionnel de l’île au lagon, il en est une qui s’avère particulièrement dangereuse : les feux de brûlis. Souvent confronté à ces feux pratiqués en dehors des réglementations pour la plupart d’entre eux, le président des Naturalistes, Michel Charpentier, alerte sur l’indifférence générale qui règne à l’égard de la problématique.

Chacun s’en sera rendu compte en cette période de l’année, il n’existe pas un versant de Mayotte dénué de ces nuages de fumée caractéristiques des brûlis. Une pratique agricole pourtant réglementée par un arrêté DAAF de 2017, lequel n’est absolument pas respecté. Les foyers de brûlis sont partout, et ce jusque dans des zones pourtant protégées. Les conséquences ne s’en font pas attendre. Les brûlis sauvages destinés à préparer le sol pour des mises en culture illégales sont bien souvent les prémisses de bananeraies, l’une des cultures les plus néfastes à Mayotte. C’est le cas à Saziley, explique le président des Naturalistes, grand habitué des lieux. Il explique que les forêts patrimoniales publiques y sont menacées et que les terrains du Conservatoire du littoral sont grignotés chaque année par ces mises en cultures illégales. Conséquence directe ?
« La forêt sèche de Saziley disparait peu à peu, remplacée par des bananeraies, étape transitoire avant conversion ultime en padza lorsque les pluies auront lessivé les sols fragilisés par ces cultures » constate M. Charpentier. Et si rien ne pousse sur les padzas, défigurant ainsi un paysage déjà fragile, l’autre conséquence est toute aussi importante : à chaque pluie, ce sont des tonnes de boues qui se déversent dans le lagon, le sol n’étant plus retenu par la végétation. L’impact sur le récif corallien est fulgurant : avec toute cette boue mêlée à l’eau, la lumière est donc bloquée par la matière en suspension et ne peut plus atteindre les coraux, les poussant à dépérir.
« C’est le patrimoine naturel de Mayotte qui meurt doucement dans l’indifférence presque générale »
Le président des Naturalistes raconte aussi avoir été témoin, début octobre, de feux brûlants nuit et jour à Saziley et ce pendant près de trois jours. Il avait alors alerté les services concernés, c’est à dire la DAAF, le Conservatoire du Littoral, etc. La réponse donnée consistait alors en une sortie terrain, laquelle a permis un flagrant délit de coupe et de brûlis sur un terrain du Conservatoire. Le bilan, quant à lui, était des plus mortifiants : 18 hectares brûlés en un seul week-end.

Pourtant, M. Charpentier explique que ces brûlis continuent sans relâche à Saziley : il évoque une moyenne de 2 à 3 foyers par jour sur chaque versant de la presque île. Il fera alors le rapprochement avec l’incendie du Maïdo, à La Réunion : « A Mayotte on n’a certes pas 200 hectares d’un seul tenant ravagés par un incendie mais si on met bout à bout les très nombreux brûlis d’octobre-novembre sur toute l’île on dépasserait probablement ce chiffre ». Rien de bien rassurant, surtout à la vue des nombreuses conséquences de la déforestation de masse qui touche Mayotte depuis ces dernières décennies, avec la destruction des zones de nidification et de repos des différentes espèces protégées, mais aussi l’appauvrissement des précipitations – les arbres ayant leur rôle à jouer dans la formation des nuages. Pourtant, selon le président des Naturalistes, la réaction des services concernés laisse à désirer en dépit de ses fréquentes alertes : « C’est le patrimoine naturel de Mayotte qui meurt doucement dans l’indifférence presque générale », déclarera t-il. Le constat est là, il s’agit de lutter à tout prix contre ce fléau qui ravage l’île peu à peu. Mais de quelle manière ? La question reste entière.

Mathieu Janvier
France Mayotte matin

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