NRL : assemblée plénière extraordinaire demain à la Région

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Par Yves Mont Rouge.

Sur les 12 kilomètres du projet initial de la Nouvelle Route du Littoral, il reste 2,7 km à terminer. Mais quelle option choisir ? Digue avec talus classique ? Digue à caisson ? Digue verticale en caisson béton ? Viaduc ? Si c’est en Digue, il faudra trouver les andains et les roches massives. Mais le plan andain n’a toujours pas été préparé et « pas touche » à la carrière de Bois-Blanc pour les roches massives, selon la promesse électorale faite par Mme Bello aux dernières régionales.

Outre les matériaux, il faudra aussi trouver le financement qui va avec, soit quelques petits centaines de millions d’euros (environ 700 M€ voire plus avec les surcoûts et autres aléas). Qui va payer ? La Région qui doit aussi s’occuper des autres secteurs de l’économie n’a plus d’argent. Il faudra aussi relancer les appels d’offres.

La présidente de la Région assise sur une bombe à retardement ?

Cela dit, quelle que soit l’option choisie, la conclusion des « experts » est pour le moins assez pessimiste. Dans le dossier de 157 pages qui sera débattu ce mercredi 27 octobre à l’occasion de la session spéciale NRL, il est écrit en guise de conclusion : « l’achèvement de la NRL ne peut raisonnablement être envisagé qu’à l’horizon de 2027-2028 ». Il est également précisé, toujours dans la conclusion : « force est de constater qu’en l’état actuel, en combinant les aspect technique, juridique, environnemental, économique, social, ainsi que les délais de mise en œuvre des procédures et des travaux, aucune solution ne s’impose à l’évidence ».

Ce n’est pas une patate chaude mais bien une bombe à retardement qu’aura à gérer la nouvelle majorité régionale durant sa mandature. Vous l’aurez compris, nous ne sommes pas sortis de l’auberge car ce n’est pas demain la veille qu’on roulera sur la Nouvelle Route du Littoral dans sa globalité, c’est-à-dire de Saint-Denis à la Possession. Et vice-versa. Nous y reviendrons dans un instant.

NRL : « la solution Digue avec talus classique devrait être écartée en l’absence de carrière en roche massive autorisée »

 Ce sera le dossier politico-économique de la semaine : la Nouvelle Route du Littoral. Comme l’a promis Huguette Bello, la nouvelle présidente de Région, juste après son élection en juin dernier, une session plénière spéciale sera consacrée à ce qu’il est convenu d’appeler un gros et complexe dossier. Cette réunion se déroulera ce mercredi 27 octobre à partir de 9 heures à la pyramide inversée afin d’examiner ce dossier que la nouvelle majorité a décidé de prendre à bras le corps. Son objectif est de livrer aux Réunionnais « dans les meilleurs délais » la totalité de la route dont le chantier a débuté depuis près de 10 ans. C’était sous la mandature de Didier Robert, le premier coup de tractopelle ayant été donné un an avant l’élection régionale de 2015 à l’issue de laquelle ce dernier fut réélu.

Afin de bien comprendre tous les tenants et aboutissants de ce gigantesque chantier qui n’en finit plus, notamment sur sa dernière partie (les 2,7 km entre la Grande-Chaloupe et la Possession), la nouvelle majorité a pris la décision de disséquer ce dossier avec l’aide des experts et en présence de l’Etat sur lequel elle compte financièrement beaucoup afin de pouvoir terminer cette NRL. L’ensemble des Réunionnais va ainsi avoir droit via la session plénière de mercredi prochain « à la vérité ». Quels sont les impacts financiers pour la collectivité et les contribuables, quels sont les impacts en matière socio-économique pour la Réunion, que sera le bilan environnemental des décisions prises et à prendre pour finir la route et quels seront les délais réalistes dans la mise en œuvre des phases du chantier ?

C’est cet « exercice de transparence dicté par un devoir de vérité et de responsabilité », que la présidente Huguette Bello compte proposer aux Réunionnais ce mercredi. J’ai pu me procurer le dossier qui sera soumis à l’examen des élus. Il fait 157 pages et présente de façon complète l’historique du projet, l’état actuel du chantier, les solutions envisageables pour l’achever, les contraintes réglementaires, le suivi environnemental du chantier, les financements et les partenariats mobilisés, le point sur les contentieux en cours avec les multinationales (soit près de 900 millions d’euros réclamés à la Région). Au terme de cette session de mercredi, il reviendra aux élus régionaux de faire le choix d’une solution réaliste et soutenable au plan financier, socio-économique et environnemental.

Rappelons que la NRL est un tracé maritime de 12 km pour un montant estimé à plus de 1,6 milliard d’euros, qu’à la fin septembre 2021, le montant des paiements s’établit déjà à près de 1,6 milliards d’euros, alors que la dernière portion de route n’est toujours pas réalisée. Sans prendre en compte des surcoûts réclamés par les groupements d’entreprises bénéficiaires des marchés. Le coût final de cet ouvrage va largement dépasser les 2 milliards d’euros. La route en l’état actuel a déjà coûté 1,6 milliard, il faudrait encore quelques centaines de millions d’euros pour la finir. Au moins 700 millions d’euros. A cela il faudra ajouter également peut-être pas les 900 millions d’euros demandés au titre de contentieux par les multinationales mais probablement 300 à 400 millions d’euros. Je vous laisse faire les calculs.

Donc, une certitude à l’heure qu’il est : cette route, il faudra bien la terminer. Là dessus, tout le monde est d’accord. Les questions qui se posent sont les suivantes : la première, quelle option choisir pour les 2,7 kilomètres restants afin de relier le viaduc jusqu’à la Possession. Nous savons que le raccordement entre le viaduc et l’actuelle RN à hauteur de la Grande-Chaloupe est annoncé pour 2022 « si tout va bien ». Et après ? Quid de la totalité de la NRL ?

Plusieurs « options larges » seront mises au débat mercredi prochain pour la partie de route restante. Je vous les résume : réduction pour partie du risque actuel par le renforcement des filets de protection ? Recouvrir les 2,7 kilomètres côté falaise ? Creuser un tunnel sous la montagne ? Ou alors choisir les solutions maritimes en relançant le marché de Digue sur la base de la solution initiale (avec talus classique) ou bien lancer un marché sur la base d’une solution alternative de Digue (noyau avec caisson) ? Autres propositions : revoir la conception des digues en s’affranchissant au mieux de la contrainte de matériaux par une solution Digue verticale en caisson béton ? Ou alors la solution Viaduc ?

Je vous l’ai dit, je ne vais pas pouvoir vous présenter ici les 157 pages du rapport. Pour résumer, nous retiendrons que le premier tronçon représentant les 2/3 de la Nouvelle Route du Littoral, après raccordement de la Grande Chaloupe, sera mis en service dans le courant du second semestre 2022. Huguette Bello préfère donner l’échéance de « fin 2022 » par précaution. Selon les experts, il faut savoir que l’achèvement de la NRL « ne peut raisonnablement être envisagé qu’à l’horizon de 2027-2028, quel que soit le scénario envisagé, étant précisé que la solution initiale d’une Digue à talus classique qui pourrait être réalisée plus rapidement devrait être écartée en l’absence de carrière en roche massive autorisée ». Voilà qui fera plaisir aux Caroupaye et consorts !

En effet, la nouvelle présidente a déjà annoncé clairement son opposition à l’ouverture de la carrière de Bois Blanc (où il existe des roches massives). Toujours selon les experts, la conclusion est on ne peut plus pessimiste : « force est de constater qu’en l’état actuel, en combinant les aspect technique, juridique, environnemental, économique, social, ainsi que les délais de mise en œuvre des procédures et des travaux, aucune solution ne s’impose à l’évidence ».

Malgré tous ces indicateurs, la Région va devoir choisir une option. Et une fois cette option arrêtée, la Région devra trouver le financement qui va avec, soit encore quelques centaines de millions d’euros, après quasiment les 2 milliards déjà consommés. La majorité régionale compte sur la période électorale, celle précisément de la présidentielle, qui arrive pour obtenir le soutien financier indispensable de l’Etat. A suivre !